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Francis A.Countway Library of Medicine
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PROPRIÉTÉ DE L'AUTEUR.
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TOUS LES DEMONS i
NE SONT PAS DE L'AUTRE MONDE.
PAR Al.-Vinc -Ch. BERBIGUîER,
DE ïEaRE-KEDVE BU TUYM.
Jésus-Christ fui envoyé sur la terre par Dieu le père , afin de lavef le genre humain de ses péchés; j'ai lieu de croire que je suisdestiué à détruire les ennemis du Ïiès-Haut.
ORNE DE HUIT SUPERBES DESSINS LITHOGRAPHIES
TOME SECOND.
A PARIS,
, j L'AUTEUR , rue Gnénégaud , n\ 24 ;
t P. GUEFFIER, Imprimeur, même rue^ n°. 3i;
Et chez tous les Marchands de nmiveauîés des quatre parties du Monde,
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TOUS LES DEMONS
NE SONT PAS DE L'AUTRE MONDE.
PAR Al.-Vinc -Ch. BERBIGUîER,
DE ïF.aRE--NEDVE DU TUYM.
Jesus-Christ fui envoyé sur la terre par Dieu le père , afiu de laver le genre humaiu de ses pécliés ; j'ailiende croire que je suisdesliué à de'truire les ennemis du Tiès-Haut.
ORNE DE HUIT SUPERBES DESSINS LITHOGRAPHIES
TOME SECOND.
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A PARIS,
j L'AUTEUR , rue Guénégaud , n\ 24 ;
1 P. GUEFFIER, Imprimeur, même rne^ n'. 5i;
Et chez tous les Marchands de nmiveaniés des quatre parties du Monde,
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Aussi me voilà arrivé à mon_ second volume jr en dépit de i'enferj,,^en;dépit d'un de ses suppôts, qui , pour mieux me {ramper^ s'est offert à mes jeux sous les traits imposans de la vieillesse , et sous le nom plus imposant encore de l'ar- cbange Michel , le plus vaillant des guerriers de Dieu. -
C'était par un beau jour, au rayon du soleil îe plus pur , h l'instant où iiion âme enivrée de délices semblait m'annoncer l'arrivée^ la pré- sence d'un esprit consolateur ; je méditais slir les faveurs divines , mon cœur dans sa recon- naissance tressaillait vers le ciel.... lorsque tout- à-coup ma porte s'ouvre sans bruit ; puiss'avance a pas tranquille, mais au regard sombre, le vieil- lard trompeur, et me serrant la main avec Té- molion d'une amitié tendre^ il me dit discrè- tement : O mon ami I écoutez la voiœ de mes chei^i^ux.blancs , et fiez - vous a V autorité de mon âge , la leçon du vieillard est un oracle du ciel , parce quelle est le fruii de V expérience ^ cessez, cessez :, au nom de Dieu , cet ouvrage chimérique qui va vous exposer aux persiflages les plu,s cuisaps. P^os ennemis auront les jieurs pour eux , et qui peut faire rire a remporté la victoire, — La. victoire , m' écriai- je !... Ce n'est poinp une , telle victoire que je recherche , les éclats de rire du mondain sont le plus souvent:
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la pvewe de la vérité. Qii^ils rient à mes dfe- pens : pour moi , je r'irai un jour aux dépens des incrédules opiniâtres ; aujourd'hui je ne puis que les plaindre en travaillant à leur bon' heur. Au reste , le ciel a protégé le commen- cement., il protégera la Jtn de mon ouvrage ^ et i'il me sourit , que m'importe le persiffl,age du méchant ! Je repousserai loin de moi leurs éloges , et je j^ougirais de leur accueil : j'ambi- tionne une récompense plus belle ^ et s'il est vrai que vous soyez un ministre de paix , levez les jeux et osez fixer ce signe. A ce spectacle le faux Michel pâlit , s'eiifuit et échappe à mes i^gards , et une Jumée fétide décela sa nature et coirfij'ma mon opinion.
Eh bien ! esprits impurs^ si l'amitié n'a rien pu sur mon âme , l'amitié , ce charme si doux à un sage j l'amitié quia toujours fait mes dé- lices, la passion de mon enfance , la passion de mes vieux ans; Je vous le demande, quels moyens emploierez - vous encore ? Vous les avez épuisés : cessez de me poursuivre ; j'ai cessé de vous craindre , alors que le ciel m'a protégé de ses ^ilcs et m'a mis à l'abri de vos» coups. Mais, tremblez! tremblez! la crainte vous est permise ; j'ai encore bien des turpi- tudes à vous révéler, bien des cruautés à nieftrç
au grand jour, et bien des actions de grâces â Fendre à Dieu pour mes victoires.
On verra dans le second v lume , d'un eôlé, des attaques mieux Concertées , des coups plus vigoureux , des menées , des embûches moins grossières , des prestiges plus puissans, un dé- sespoir mieux caractérisé, et d'un autre côté plus de constance encore , si cela est possible y des marques plus évidentes de la protection de Dieu , des succès qui tiennent du prodige , et des remèdes et des contre-poisons plus efficaces et mieux dirigés. Le tbjm, dont j'ai décoré moa nom, comme les anciens Romains décoraient les leurs des circonstances de leur victoire ; le tbjra^ cette plante que les anges du ciel ont semée sur la terre ; celte plante qui a crû sous l'ombre de l'arcbe de vie et au milieu des vaU Ions de l'Eden , le ibym est devenu l'arme de mes victoires et la terreur de mes ennemis.
O vous qui me lisez , ne jugez pas encore, pardonnez-moi quelques longueurs dans mon récit ; je n'écris pas pour vous plaire , j'écris pour vous instruire et vous garantir ; écoulez- moi avec le désintéressement qui me fait pren- dre la plume, et souvenez- vous que lorsque deux ou trois s'assemblent ou sjmpathisent au nom du Seigneur^ J, C. est parmi eux^
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CHAPITRE II.
Coco persécuté se réfugie sous mon bonnet de coton. On ne parlera de moi quen le citant; on dit Saint-Rôcli et son chien , on dira Berbiguier et son Coco.
Les maudits farfadets ont tant d'empire sur tout ce qui a reçu l'être , que mon pauvre écu- reuil en était tourmenté cruellement. Ce char- mant animal , qui sentait par instinct que ces monstres pouvaient lui être funestes , venait souvent se réfugier sous mon bonnet de coton que je gardais par habitude , ou par précaution^ dans ma chambre ; il semblait que cette petite bête croyait avoir trouvé à cette place un abri contre les tracasseries qu'il éprouvait de la part de ces démons malfaisans.
Mais par un eiïet du maléfice, s'il quittait sa place, le sort que les farfaidets lui destinaient se fixait âmes cheveux et à mon bonnet. Je voulais, sitôt qu'il était papti , porter la main sur ma tête , et je sentais quelque chose qui grossissait au point déformer une espèce d'excroissance sur mon chef; mais quand j'avais ôlé mon bonnet, jt*
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ïMi découvrais rien 3 je eonclus de là que le sori dont on menaçait le pauvre animal et moi , restait dan&îe bonnet , puisqu'il n'affectait plus m Berbiguier ni son Coco.
Il résulte de celte épreuve que si une per^ sonne s''ât{acîie à une bête quelconque , soit quadrupède ou bipède , les magiciens qui lui en voudront lui donneront un sort , dont elle héritera ^ si le pauvre animal s'éloigne d'elle ou la quille. Voilà pourquoi nous voyons tant de gens poursuiyis par cette engeance diabo- lique, car il faudrait avoir un cœur de fer pour ne pas s'intéresser à un animal qui vient vous caresser. D'ailleurs , les animaux n'ont-ils pas aussi du sentiment ? leur physionomie n'ex- prinie-t-eile pas des signes qui les distinguent entre eux ? Jupiler, que par tradition on ap- pelle le maître du tonnerre , n'a-t-il pas adopté l'aigle pour symbole , comme l'animal le plus fier? Tous les dieux de l'antiquité n'ont-ils pas presque tous des emblèmes qui désignent la puissance ou les vertus qui les caractérisent ? N'avons-nous pas aussi, dans FHistoire Sainte ;, le Saint-Esprit qui emprunte la forme d'une colombe ? Parcourons les Eglises , nous n'y verrons pas un tableau sans que quelque sym- bole en fasse l'ornement; nous y verrons Saiat- Roch peint avec son chien, symbole de lafidé-
II
lité; Saint- Anloine avec son coclion ^ symbole de la bonté. Je ne finirais pas , si je voulais citer tous les faits qui justifient la prédilection que l'on pourrait avoir à juste titre pour tel ou tel animal que Ton adopte. Et pourquoi ne croirait -on pas qu'il y a de la sympathie entre nous et les animaux? car enfin, si nous ne pouvons pas juger les causes qui font mouvoir telle ou telle planète , parce que nous ne pou- vons pas , par des moyens palpables , nous en convaincre, pourquoi ne serions-nous pas cer- tains qu'il y a beaucoup de rapport entre nous et les animaux , puisqu'ils appartiennent comme nous à la création , et qu'il nous est aisé de dis- tinguer leur amitié de leur haine , leur bonté de leur méchanceté ?
Ainsi , je conclus, avec toutes les personnes sensées qui auront eu de Famitié pour un animal quelconque , que si , par malheur , les farfadets ou sorciers en veulent à l'animal, son maître , qui est aussi son ami ,* éprouvera la même peine que celle que l'on fera à la pauvre bête , et par conséquent le même plaisir, si elle en ressent.
D'après ces raisonnemens je désire que lors- qu'on parlera de moi on dise : Berbigiiier et son Coco.
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CfîAl^iïRÈ IIL
Oiië/ù'on dô deux Daniel attaquées par tëà mdnsti'es ennemis des humains^
Je crois avoir entretenu mes lecteurs d'und^ èoîiversation que j'ai eue avec un Monsieur à (|ui l'avais communiqué les découvertes heu^ relises que j'ai faites pour préserver des atteintes des farfadets. Ce Monsieur m'avait cité une dame à laquelle il s'intéressait , et qu'il voulait que je guérisse , à son retour de la campagne. Elle était toujours dans une triste position. Je |ji-iai ce Monsieur de demander à celte dam© èi elle désirait mon entremise pour opérer sa délivrance^ Elle accepta , et me fit inviter à i'aller voir.
J'allai à son domicile j elle mè reçut très-bien , et mé fit un détail exact de sa position. J'eus bientôt deviné les véritables causes de ses souf- frances j je reconnus de suite l'ouvrage des in- fâmes farfadets. J'avais un remède contre la |)erfidie de ces monstres , dont je donnerai la Fecette k mes lecteurs. Je priai cette dame d'en faire tisage , en l'assurant que son effica- éité égalait sa simplicité et la modicité de îa
.dépense qu^il wéeessitail- Celle dame , yie!tuii!f , ainsi que moi, ,<,^e 1^ barbarie des infernaux , ,rae renîGrçia beaiicGup , et nae promit d'essayer .de Siiile le spéci/iqyie. Je in'imaginais bien qu,e le rfiipçiède produira.it pi? effei ;£alulairej je n.e tardai 4oîie que de quelques^ours à me res- jdre chez ma j^alade pour en avair des noii- yellfis. Lçrsqi^e j'^rfi^ai .claez eî]e , on ûi'$.pprit; qu'elle était à la campagne , et que les lettres qu'elle avait écrites annonçaient qu'elle éiRÛ rétablie , que toutes ses nuits étaient douces c^c tranquilles, tous ses jours purs,et sejejns ; ([u'eile lae pouvait expriîîier touie la juie qu'elle resr ^entait d'un cbajjige^mefttsi heureuxet si prompt, lî^lle disait aussi qu'à spn retour de la campagne elle se proposait 4e nî.e remercier de mes soin^ et de ma bonté ; qu'elle appréciait le servicv* qui la délivrait d^ tQut ce qu'il y avait de piii/ affreux au m,oi;ide, et qu'elleespérait qu'ài'aidt.^ du rejnède que Je lui avais si généreusement indiqué , j'en serais moi-çaême incessamrueust 4éUvré; elle ajoutait qjiie c'élai^t à ma considé- ration qu"'elle l'avait employé ^ pour me coa« vaiucr.e qii'iLopirerait sur moi qomisiïK? il -dj/uif opéré sur elle.
j9n m'aya^it di^t ^v.rai ;5vir )e qouîjxte d^ eelt^ ^4^1X1^, et j'eus Is p,laisi,r de lavoir p;Son çeiou.- fi^ j^'exi^en4^f:e fji,^ sa ,l?.p,UçCl(i? î^êpie le ymit di^
bien qu'uvait opéré rexcellent remède dont elle avait fait usage. Sa visite me fit plaisir ; je lui témoignai mes regrets sur ce qu'elle avait bien voulu prendre la peine de venir chez moi ; mais elle avait cru , par reconnaissance , devoir me faire cette j[isite.
Je vais citer un nouveau fait de la même importance , au sujet d'une autre dame de ma connaissance , qui éprouvait de cruelles agita- tions sans pouvoir en approfondir la cause. Cette dame se refusait h croire tout ce que je pouvais lui dire à ce sujet ; enfin , pressée par mes vives sollicitations , elle se rendit à mes instances , et fit usage du même remède que j'avais composé pour le bonheur de l'humanité. Depuis qu'elle se Fest administré, elle jouit de la plus parfaite tranquillité.
Un jour qu'elle me témoignait sa satisfaction d'être délivrée du malin démon farfadéen qui l'avait tourmentée , je lui dis que j'étais bien satisfait de ce qu'elle éprouvait ; mais que si elle m'eût écouté plus tôt, elle n'aurait pas souf- fert si long-temps , et que le ma;}4ieur qui était arrivé à son mari , de s'être cassé la cuisse , n'avait en lieu qu'en raison du retard qu'elle avait mis a suivre mes conseils; que les mons- tres avaient profité de son irrésolution, et du temps qu'elle perdait pouraygmenter mes souf-
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tt^nccs au moral et au physique. Je finis par la convaincre qu'il était toujours très-mal de re- mettre au lendemain ce qu'il était urgent de faire la veille. Le mari et la femme furent tous deux d'accord sur cette vérité; ils avaient écouté l'un et l'autre ma remontrance.
CHAPITRE IV.
Deux incrédules avec lesquels je m étais lié d amitié, finissent par se com'aincre de Vejfi- cacité du remède anti-farfadéen.
Je m'étais lié d'amitié avec deux Messieurs qui m'avaient inspiré beaucoup de confiance. Je leur fis part des persécutions continuelles que me faisait éprouver la race infernale des farfadets , et ils ne voulaient pas me croire : plus je parlais , plus leur incrédulité augmen- tait. Saint-Thomas ne fut pas aussi incrédule queux, car ils me disaient que si je ne leur donnais pas des preuves palpables, rien ne pourrait les convaincre.
Dans le courant du mois de juin ou juillet 1819 , ces deux Messieurs , qui logeaient en- semble j se sentirent tout-a-coup surpris par ies farfadets \ la frayeur les prit si vivement
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4ju'ils se rapprocîièrent et se communiquèrent' leur mutuel effroi. Ils ne voulaient pas conve- nir entre eaiL que cet effroi leur était inspiré par les farfadets , ils avaient honte d'en faire Taveu, et ils se reprochaient tous les deux leur faiblesse particulière, tant il est vrai que riea n'est plus difficile que de convaincre les in- crédules.
Les deux nouveaux Thomas s'accusaient mu- tuellement d'employer des moyens désavoués par la pudeur, pour se chagriner Tun et l'autre, Cjec'i les amena à une explication viv€, et dans l'accès de leur fureur ils se donnèrent des coups de poing et portèrent leur colère jusques à fexcès. Il était nuit, alors les sens s'irritent plus promptement. Leur querelle fut si vio- lente , que le maître de la maison en fut trou- i)lé et se trouva obligé de quitter son lit pour venir séparer les deux combattans que les far- fadets avaient mis aux prises.
Le lendemain matin , je passai devant la maison oîi logeaient les deux champions , qui, en m'apercevant , m'appelèrent et me firent part de ce qui leur était arrivé , sans oublier la moindre circonstance. Ce sont les farfadets , leur dis-je , qui vous ont désunis. Après avoir réfléchi mûrement sur les confidences que je leur ^vais faites précédemment, ils me firent /
l'aveu que leur incrédulité s'évanouissait de- vant mes raisonnemeos , qui n'étaient pas aussi superficiels qu'ils avaient pu d'abord le crojre; qu'ainsi ils se sentaient disposés à mettre en usage les précieux remèdes que je leur avais enseignés dans ma sagesse pour les soustraire aux persécutions des esprits infer- naux. Je fus donc obligé de leur confirmer ce qu'ils avaient déjà appris d'une personne qui , comme moi , avait été attaquée , poursuivie et tourmentée par une foule innombrable de far- fîidets qui la désolaient nuit et jour , et qui, comme moi, avait perdu par leur maléfice l'ha- bitude du sommeil. Ils convinrent aussi qu'ils «talent heureux de m'avoir communiqué leurs maux, pour que je pusse leur appliquer le re- mède. Il fut donc arrêté que ces Messieurs se procureraient un cœur de bœuf, qu'ils le met- traient sur un feu ardent, non pas pour le griller, comme on devrait le faire , si c'était le cœur d'un farfadet, mais pour le faire bouillir dans une marmite assez grande pourle contenir avec deux pintes d'eau.
Lorsque l'eau commencera à bouillir, leur ais-je, vous préparerez le cœur, que vous devez auparavant piquer entièrement avec des épingles et des aiguilles, et en le piquant vous prononcerez ces paroles : Que tout ce que je te
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fais te serve de paiement , je clésole Voui'rier de Belzébiith. Vous tremperez ensuite ce cœur aiDsi piqué dans l'eau , et après lui avoir donné trois coups de couteau, vous répéterez les mêmes paroles. Il faut avoir soin , sur-tout , que les pointes des épingles et des aiguilles soient très- fines et très-acérées j afin que la douleur que doit ressentir le corps du farfadet contre lequel vous dirigez vos poursuites , soit plus profondément ulcéré; et crainte qu'il n'échappe à la douleur et au supplice qu'il mérite , il faut piquer le cœur tout entier avec les épingles et les aiguilles. Cette dépense n'est pas forte en rai- son de l'effet salutaire qui en résulte. Voilà le commencement de mon remède anti-farfadéen. On peut aussi accélérer la guérison du far- fadérisé , en ajoutant à cette opération efficace un autre procédé qu'on a trouvé très-salutaire , celui de jeter dans le feu qui fait bouillir la marmite , beaucoup de sel et de soufre , en ayant soin que la marmite soit bien couverte^ pour que l'eau bouillante ne puisse s'évaporer. Il est impossible de ne pas avouer que la com- binaison de ces trois objets brûlés au même moment et pour le même motif ne soit très- préjudiciable aux esprits infernaux et ne leur fasse éprouver les tourmens qu'ils ressentiront un jour aux enfers.
Mon remède , très-bien observé par l'un des deux persécutés , lui procura un parfait soula- gement ; Taiitre n'ayant pas voulu l'exécuter, resta en proie aux souffrances les plus cruelles ; mais son ami le voyant dans cet état le déter- mina à l'imiter , et le soulagement s'ensuivit bientôt.
Lecteurs, qui endurez les persécutions des farfadets, ne vous impatientez pas, j'ai encore bien d'autres moyens curatifs h vous faire con- naître.
CHAPITRE V.
Conseils donnés à un vieillard , et efficacité de ces conseils.
On me fit connaître un respectable vieillard , âgé de 70 à ^5 ans, qui habitait dans le voisi- nage des Messieurs dont je viens de parler ; il étaif j depuis très-long-temps , attecté par les persécutions des farfadets ; il n'y avait pas de souffrances qu'ils ne lui eussent fait éprouver. Cet homme vénérable était très-religieux ^ il ne s'absentait presque jamais des églises, assistait à tous les offices du matin et du soir, et pour né pas perdre de vue ce saint emploi de son temps,
ii avait dressé dans son apparteinent un autel et une petite chapelle, où il exerçait ses de- voirs de bon chrétien.
Un jour qu'il avait déposé sur son autel la somme de vingt-cinq francs , les farfadets la lui enlevèrent ; ces misérables joignirent encore à cette action infâme Fhorreurde lui renverser sa petite chapelle, monument de sa piété et de son amour pour Dieu. Une pouvait attribuer unscan- dale et un crime aussi hardi qu'à la race infernale des farfadets, qui ne respecte ni l'âge ni les inten- tions nobles et chrétiennes. Il fit donc confi- dence de ses malheurs à plusieurs de ses voi- sins , entre autres aux Messieurs qui avaient éprouvé l'efficacité de mon remède. Ceux-ci en donnèrent la recette au bon vieillard, qui en fit usage et se débarrassa ainsi des poursuites des émissaires de Belzébuth.
La publicité que je vais donner à mes Mé- moires doit nécessairement amener par mon remède un résultat bien satisfaisant.
Je n'ai pu jusqu'à ce moment faire part de mes découvertes qu'aux personnes que je vois journellement , et que je fréquente , tandis que lorsque mon ouvrage sera imprimé , tous ceux qui savent lire pourront prendre con- naissance des moyens que j'emploie pour coii- trarier mes ennemis.
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Maïs , vont me dire les farfadets, pourquoi, si vous guérissez les autres , ne vous guérissez- vous pas vous-même ? Je devais m'attendre à cette objection , et j y réponds ,'
Jésus- Christ fut envoyé sur la teiTe pour lacer le genre humain de ses péchés. Je suis peut-être destiné à détruire les ennemis du Très-Haut,
Voilà là réponse qui sert d^épigraphe à mon ouvrage. Elle est parabolique : que mes ennemis la commentent.
J'ai promis de détruire les farfadets , et je les. détruirai» Dieu , mon créateur, qui a déjà , par vingt - trois ans de résignation de ma part. , éprouvé ma constance j veut que je guérisse les autres et que je ne sois pas guéri moi- même. Ce n'est pas que dans quel élat que je puisse être , je n'en serai pas moins l'ennemi de la secte farfadéene. Mais ce n'est pas par des jouissances qu'on parvient à la gloire céleste. Si j'étais lieureux ^ je serais peut-être moins crédule. Souffrir ou mourir, c'était la devise de Sainte-Thérèse. Pourquoi ne serait-ell© pas^ la mienne? Je veux être persécuté pour l'amour démon Dieu; je veux que les farfadets conti- nuent à être mes ennemis acliarnés j je veux
qu'ds m'empécLent de dormir; je veux.
|e veux; obéir en tout à la volonté de mopj
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Créateur. Ah! que je serais heureux, si ceux qui feront mon épitaphe pouvaient écrire sur mon tombeau : Ci git la victime des farfadets ^ elle en fut aussi le fléau,..,. Ainsi soit-il \
CHAPITRE VI.
Fait arrivé dans une Eglise catholique d& V empire d'Allemagne.
Je vais faire diversion à ce qui m'est per- sonnel, pour raconter un fait arrivé dans une des églises d'Allemagne , décorée d'une quan- tité immense de ces tableaux dont on orne les églises du culte que je professe. Les exercices, religieux étaient terminés : un pauvre, chargé de peines , de travail et d'enfans , entre dans l'Eglise pour y faire sa prière et supplier quelque saint de le retirer du triste état oît il se trouvait ; il savait que beaucoup de per- sonneSj en s'adressantà un saint, avaient obtenu, par son intercession , des bienfaits dont elles, s'auraient pas joui en les demandant elles- mêmes.
Ce pauvre et digne homme se mit de suite à genoux devant l'emblème de la bonne Vierge» dont on célébrait la fête , et dont oa avait oru,©
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la statue d'une couronne d'argent; l'enfant Jésus avait aussi une même couronne sur sa tête. Cet homme priait avec une ferveur angélique pour obtenir un soulagement à sa misère, lors- qu'en faisant un mouvement pour remercier la Vierge et Jésus-Christ , il vit disparaître de dessus leur tête les deux couronnes d'argent. Stupéfait j le pauvre sortit de l'Eglise.
On ne s'aperçut point de suite de cet enlève- ment ; comme c'était après les offices il y avait • très-peu de monde dans l'Eglise. Le sacristain , en faisant sa tournée du soir, ignora la sous- traction qu'on avait faite à la Vierge et au bon petit enfant Jésus; mais le lendemain , quand on vit cette profanation , le curé et toute la pa- roisse en furent très-scandalisés.
Les soupçons se portèrent de suite contre le pauvre homme qu'on avait vu aux pieds de la Sainte- Vierge ; tant il est vrai que souvent des innocens ont été punis comme convaincus des crimes qui étaient Fouvrage des farfadets. Le pauvre n'eut pas de peine à se justifier, et on fut forcé de convenir que c'était le malin esprit qui avait envoyé quelque farfadet dans l'Eglise pour voler la couronne de la mère et de l'enfant.
Il est donc ceriaio queîes lieux saints ne sont pas exempts des larcins d.es farfadets., et qu'au
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contraire , c'est là où ils exerceraient encore mieux leurs brigandages j si l'on n'avait pas le soin de renfermer tous les vases sacrés dans le tabernacle. Et vous ne voulez pas, farfadets , que je vous surnomme les enfans de Tenfery, les disciples de Satan et de Belzébutli l vous vous introduisez dans les Eglises y vons ne res- pectez pas ce que les païens eux-mêmes ont été obligés de reconnaître ^ et vous voudriez m'empêcher de dévoiler votre affreux sacri- lège!.... Vous ne m'en empêcherez pas , exé- crables disciples de l'esprit malin !
i *^^'%i^^,. */«»»%*% ^^«'«^^ 4k/V^'^^# fc^V*^*i%/%'W^ V*'V*'Vfc'^^'*^*»
CHAPITRE VIL
Nouvelles circonstances relatives aux guérisons que fai opérées par mon remède.
Je reviens à mon remède : l'un des deux Messieurs que j'ai si heureusement guéris^ médit qu'il avait une jeune cousine, tour- mentée jour et nuit par les sorciers, et qui , comme tant d'autres personnes , souffrait sans connaître la cause de son mal. C'est vaine- ment, me dit-il, que je lui ai fait l'aveu d'avoir éprouvé le même mal et d'avoir été guéri»
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Ma cousine, incrédule encore sur l'efficacité de votre remède , se met à rire et se persuade que je veux me moquer d'elle.
Pendant ce temps le mal faisait des progrès très-rapides : le cousin se vit dans la nécessité d'employer l'autorité des parens pour forcer sa cousine a faire usage du remède qui l'avait mis lui-même à l'abri des médians esprits. La famille de la demoiselle était , comme elle , incrédule. Ce ne fut qu'après les plus grandes attestations de la bonté de mon remède qu'elle consentit à en conseiller l'usage. Tous le trouvaient telle- ment nouveau , original , étranger h tout ce qu'ils avaient entendu dire jusqu'à ce jour en pareilles circonstances , qu'ils se déclarèrent pendantlong-temps les antagonistes de l'innova- tion 3 il fallut ensuite la faire agréer à la jeune personne et vaincre sa répugnance. On y parvint heureusement ; elle se décida a obéira ses parens j et le bien qu'elle en ressentit lui fit ouvrir les yeux et l'obligea à rendre justice à sou cousin j qui fut chargé de me remercier.
Yoilà encore une victoire remportée sur les incrédules ; ceux qui diront que cela n'est pas croyable , pourront prendre mon remède pour de la graine de niais : je les abandonne à leurs résistances opiniâtres, les incrédules sont in- curables.
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Imprudens, lorsque vous aurez épiiisévotre bourse et altéré votre santé, en suivant des ordonnances données par des gens qui n'ont pas , comme moi , fait une étude particulière des abominations des farfadets; quand vous aurez employé mille remèdes , tous plus inutiles les uns que les autres , et souvent même con- traires aux maux que vous souffrez , et qui vous affligent si cruellement , vous viendrez ^ après vous être moqués de moi , me prier de vous donnerles moyens de vous délivrer promp- tement deTesclavage abominable où vous tien- nent lesagensdu pouvoir tjrannique des Bel- zébulb , des Satan , des Lucifer _, et de tous les,
agrégés de la race infernale et diabolique ! »
Je vous guérirai, je ne vous rebuterai pas, mal- gré votre incrédulité.
Ainsi, s'il se trouvait encore quelques mor- tels qui fussent tourmentées par les farfidets , je les invite , et je ne crois pas pouvoir leur faire une plus noble invitation , à se soumettre à mes ordonnances. Ils verront quel bien ils en éprouveront; j''en ai pour garans les témoi- gnages de toutes les personnes raisonnables qui ont écouté mes avis , et de plus , la promesse qu'elles m'ont faite d'en faire part à leurs amis et connaissances; ce qui ne doit pas laisser le moindre doute sur la vérité de ce que j'aîEniue,.
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Si la sœur de la jeune personne dont je viens de parler m'avait écouté , elle ne serait pas maintenant enceinte , elle n'aurait pas été obligée d'en faire la déclaration à M. le curé de Saint-Rocli.
N'est-ce pas là une preuve qu'à défaut de la demoiselle que j'ai guérie, les infernaux ontfar- fadérisé sa soeur, qui n'a pas voulu me croire.
CHAPITRE VIII.
Circonstances qui devront faire connaître le moment oii il faut employer le remède qui peut également servir pour conjurer le temps.
Puisque j'ai fait connaître la manière de se servir de mon remède , je dois indiquer les m ornons favorables de l'employer.
Lorsque vous entendrez le moindre bruit dans votre maison , que vous trouverez les plus petites choses hors de leurs places, que vous éprouverez la plus légère incommodité ou la plus faible contrariété, soit dans l'intérieur ou à l'extérieur de vos maisons, soyez persuadés que toutes ces choses sont l'ouvrage de Belzébuth. Vous devez alors vous mettre en devoir de
travailler et de faire opérer le remède , qui ne* manquera jamais son effet , pourvu que vous ajez la même persuasion que j'ai , lorsque je l'emploie m.oi-mênie ; mon invitation n'est pas celle d'un charlatan , je n'ai d'autre intérêt que celui de contrarier les farfadets, et depuis vingt-trois ans je les contrarie. Ce terme est, assez long pour que l'on puisse croire que je n'ai envie d'abuser personne. Ceux qui me con^ naissent savent que j'en suis incapable.
J'avoue cependant que les épreuves et les sacrifices que j'ai faits n'ont pas toujours opéré ce que je voulais. Mon remède arrête la pluie , et les pluies continuaient pourtant en juil-» let i8iQ. Effrayé de cette inondation, je de- mandai à plusieurs personnes , et principa- lement aux liabitans de la campagne^ si le temps pluvieux n'était pas un fléau pour la récolte des graiûs ? Leur réponse fut affirmative; j'en fus d'autant plus affligé^ que je me souvins qu'en i8i6 et 1817 les malheurs furent si grands dans plusieurs endroits , qu'ils n'étaient pas encore effacés de ma mémoire. Un jour que je manifestais mes inquiétudes à plusieurs per- , êonnes , elles frémirent en pensant aux plaies |)rofondes , et encore saignantes^ qui affligèrent jiiusieurs milliers de familles que les ennemis, de Dieu avaient prises pour victimes, en leur
Faisant éprouver les temps affreux qui dévaslent ies moissons.
Dans l'espoir de prévenir de pareils mal- heurs , je résolus d'adresser une prière au Sei- gneur, persuadé que les prières sont ce qu'il y a de plus fort pour contrarier la race des farfa- dets. Voici ce que je dis à mon Créateur : Sei- gneur , si c'est par ç>otre volonté que nous vojons tomber tant de pluie , nous sommes et nous devoîis être prêts à nous soumettre à votre irrévocable arrêt j mais si. ce nest que V ouvrage des ennemis de votre saint nom , il est juste que nous fassions tous nos efforts pour nous j opposer , afin de rentrer dans la jouis- sance des biens qui nous ont été accoj^dés par votre divine puissance. Je répétai cette prière jour et nuit, jusqu'au mois d'août; mais les mauvais temps ne cessèrent pas. Je dus y ajouter alors ce qui suit : Si c'est par votre ordre que nous supportons tant de calamités, rêsignons- nous ; mais si ces temps affreux ne viennent que par les ouvriers de Satan ; si ce chef de ces in- fâmes créatures les excite contre les serviteurs de votre sainte religion , permettez-moi défaire V épreuve que je sais leur être préjudiciable. Ils lïCont appris que le foie et le cœur de bœuf que fefais cuire et piquer avec des milliers d' épingles et d aiguilles, ainsi que le soufre et le sel dont je
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me sers pour faire une parfaite opposition aveu Vencens que Von brûle dans les temples consa- cres à votre culte, leur déplaisent j je dois donc m en sejvir. Que cette opération soit pour eux un supplice affreux. levais me rendre avec dé- votion au temple de Saint-Sulpice , élevé à votre gloire , je vous prierai instamment défaire cesser nos peines , et sHl était vrai quj nous les ajons méritées, je vous promets de me résigner sans gé- mir à votre volonté toute puissance. Si nos maux sont le résultat de la méchanceté des es- claves de Belzébuth , je vous prieiYii , Seigneur, de me permettre , à mon retour de votre divin temple 3 de commencer mes opérations sifunestes à ces misérables , et de donner à mon sacrifice toute la force qu il peut recevoir de votive puis- sance divine. Dans le moment où je ferai ma conjuration , je jugerai, par V effet quelle pro- duira , siles farfadets sont les auteurs de tous nos maux, et je les sigîialerai par tous les moyens qui sont en mon pouvoir à tous les hommes affligés de leurs affreuses machinations, afin quils puissent s'en garantir, comme vous me permettrez de le faire.
Ma prière fut agréée. En revenant chez moi, je me munis d'une assez grande quantité de cœur de bœuf, et de plusieurs milliers d'épin- gles et d'aiguilles , de vingt livres de sel et
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lîe liult livres de soufre; j'y joigtiis de l'iinile et du papier piqué sur lequel les noms des misérables qui me persécutent depuis tant d'années furent écrits, et je fis mon opération anti-farfadéeune. Elle réussit. Je fus donc con- vaincu que ma découverte avait été utile aux propriétaires dont les récoltes dépérissaient. J'en remerciai le maître du ciel et delà terre , et je promis bien de renouveler cette épreuve toutes les fois que les plaies seraient trop fré- quentes. J'ai rempli ma promesse : les cœurs de bœuf, les épingles, les aiguilles , le sel, le soufre, ne me coûtent rien. Quand le mauvais temps se lève , je le conjure, jePaffronte , je le maudis , et mes semblables profitent de mes conjurations , de mon courage et de mes im- précations.
Ainsi ;î il est donc maintenant constant que mon remède opère contre le mauvais temps ; qu'à l'aide de mes découvertes on parviendra à conserver les récoltes que les infâmes farfa- dets détruisaient par leurs maléfices.
Laboureurs, agriculteurs, vignerons, jardi- niers, remerciez-moi de ma persévérance ; j'ai enfin découvert le moyen de vous faire jouir du fruit de vos sueurs. Mais ne sojez pas égoïsteSj, secondez-moi dans mes opérations. Faisons en- semble un feu de bâbord et de tribord ; lorsque
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. îidlîs verrons s'accumuler les nuages , décliai- nons-nous contre la foudre j la grêle, la neige et les éclairs farfadéens. Lorsque les farfadets voudront s'emparer de l'atmosphère, opposons- leur le remède qui les détruit. Délions nos bourses , achetons tous les ingrédiens qui con- trarient les infernaux.
Piquons les farfadets avec nos aiguilles et nos épingles , étouffons-lés avec notre soufre , fai- sons un feu roulant contre eux avec notre ^1 , brillons leurs cœurs en consumant des cœurs de bœuf.
Sans doute nos désirs seraient criminels , s'il ne s'agissait pas des farfadets , car il iie faut jamais se laisser emporter par la colère ; mais la destruction des ennemis de Dieu , c'est une œuvre commandée par les trois vertus théolo- gales. La foi, l'espérance et la charité , sont les plus implacables ennemis des disciples de Bel- zébuth.
La Foi. Les farfadets l'ont méconnue, en fai- sant une alliance avec le malin esprit.
V Espérance, Ils y ont renoncé eux-mêmes, en contractant un engagement qui leur interdit sans appel l'entrée du paradis.
La Charité. Ils n'en ont pas pour leurs sem- blables, comment pourraient-ils en espérer d@ la part de qui que ce soit ?
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O mon Dieu ! je vous remercie de tout ce t]ue vous m'inspirez journellement. Je me glorifie de mes souffrances , puisque j'en suis récompensé par votre protection. C'est vous, ô mon Créateur ! qui m'avez fait composer mon remède; je l'emploierai , il est efficace.
Laboureurs, agriculteurs, vignerons, je vous ie répète, réunissons-nous contre les ennemis du Très-Haut , employons , toutes les fois qu'il en. sera be^pin, mon remède, et vos récoltes seront abondilOltes , vos fruits savoureux ^ votre vin excellent ; vos champs seront embaumés par le parfum des fleurs , et nous aurons tous dans nos maisons des greniers d'abondance.
CHAPITRE IX.
Nouvel emploi de mon remède. Prières et Stations qui en furent la suite.
Je ne crois pas devoir [rappeler ce que j'aî déjà répété plusieurs fois contre mes cruels ennemis, que je pourrais à juste titre appeler hommes du diable , puisque ce sont des êtres associés à Belzébuth , qui par leur transforma- tion en farfadets obtiennent une invisibilité cruelle pour me tourmenter. Je veux me con-^ IL 3
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tenter de faire connaître les moyens que j'em- ploie pour les contrarier.
Je venais de les harceler de plusieurs ma- nières , lorsqu'un jour, en rentrant chez moi, je leur dis d'une voix ferme : Ah ! ah ! Mes- sieurs les perturbateurs du repos des pauvres mortels, vous vous faites un plaisir de me suivre sans cesse , vous voulez être témoins de tout ce que je veux faire ! Eh bien ! vous voyez que Je ne suis pas ingrat, que je pense à vous aussi , car voici des provisions qui vous réJQï|(^nt , je l'espère. J'étalai mes empiètes en leur présence, afi.Q qu'ils pussent les contempler et voir à quoi ils devaient s'attendre. Je commençai par piquer un foie de bœuf de toutes les aiguilles et épingles que j'avais préparées , de manière qu'à sa surface il avait la forme d'un hérisson , dont les pointes menaçantes n'étaient pas faites pour satisfaire les farfadets qui auraient été tentés de s'approcher de moi pour me tourmen- ter.Trop heureux, me disais-je^ si tous les mor- tels persécutés par ces vils démoniaques pou- vaient se joindre à moi pour opposer à leur cruautéautant de pointes aiguës qu'il en faudrait pour les éloigner ou même leur donner la mort î Je faisais ces réflexions en préparant le feu de mon fourneau, sur lequel je mis une poêle rem- plie d'huile , et lorsque cette huile fut parvenue»
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à son dernier degré de chaleur, j'y mis le foie que j'avais lardé d'épingles et d'aiguilles , et je le retournai de temps en temps. On ne peut se faire une idée du mouvement que ftiisait dans la poêle le cœur farci d'épingles et d'aiguilles. Sur un autre fourneau, que j'-avais allumé , je mis une cuiller de fer, où j'avais fait entrer cinq ou six livres de soufre , que je fis fondre; alors je pris le papier que j'avais piqué, et qui con- tenait les noms des magiciens contre lesquels je conjurais ; j'avais eu le soin de le rouler et de Je bien serrer avec du fil d'archal; j'y mis le feu avec une allumette , et j'attendis que tout fûfc consumé ; pour cela , je remettais du soufre lorsque je voyais que le feu s'affaiblissait, je ne voulais pas qu'il restât le moindre vestige du papier. Je n'oubliai pas non plus de faire du feu au poêle j sur lequel était aussi une mar- mite à moitié pleine d'eau et bien fermée, qui bouillit promptement , puisque j'alimentais le feu avec du soufre , du sel , et même avec des aiguilles et des épingles.
Lorsque mon eau fut bouillante , j'y jetai dedans les épingles et les aiguilles les plus fines que j'avais achetées , afin que le bouillon de l'eau pût mieux les agiter ] car on prétend que plus les épingles bouillonnent , et plus les far- fadets sont cruellement tourmentés,
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à son dernier degré de chaleur, j'y mis le foie que j'avais lardé d'épingles et d'aiguilles , et je le retournai de temps en temps. On ne peut se faire une idée du mouvement que faisait dans la poêle le cœur farci d'épingles et d'aiguilles. Sur un autre fourneau, que j^'avais allumé , je mis une cuiller de fer, oîi j'avais fait entrer cinq ou six livres de soufre , que je fis fondre; alors je pris le papier que j'avais piqué, et qui con- tenait les noms des magiciens contre lesquels je conjurais ; j'avais eu le soin de le rouler et de îe bien serrer avec du fil d'arclial; j'y mis le feu avec une allumette , et j'attendis que tout fûfc consumé ; pour cela , je remettais du soufre lorsque je voyais que le feu s'affaiblissait, je ïie voulais pas qu'il restât le moindre vestige du papier. Je n'oubliai pas non plus de faire du feu au poêle,, sur lequel était aussi une mar- mite k moitié pleine d'eau et bien fermée, qui bouillit promptement , puisque j'alimentais le feu avec du soufre , du sel , et même avec des aiguilles et des épingles.
Lorsque mon eau fut bouillante y j'y jetai dedans les épingles et les aiguilles les plus fines que j'avais achetées , afin que le bouillon de l'eau pût mieux les agiter ; car on prétend que plus les épingles bouillonnent , et plus les far- fadets sont cruellement tourmentés,
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Quand tout mon travail fut eh train , Qt que j-e vis Topération parvenue au point d'en im- poser à la race infernale , j'adressai à la so- ciété exécrable l'imprécation suivante : « Vous » voyez j engeance du diable -, ce que je viens » d'opérer? Eh bien ! tout ceci est calculé pour M être en opposition avec votre infernal pouvoir, j» Ainsi , vous pouvez , en votre qualité d'émis- » saires des puissances diaboliques , vous rendre » près de vos maîtres et leur faire savoir que » mes différentes opérations n'ont pour but j» que le contrarier vos projets de détruire » les fruits de la terre par les inondations » fréquentes que vous suscitez pour notre mal- » beur. »
Je m'aperçus que mon imprécation, toute juste qu'elle fût , était importune à mes co- quins, et qu'elle les irritait, puisque, quatre minutes après j la pluie redoubla et tomba avec beaucoup plus de violence , et si abon- damment, que l'on eût dit qu'un torrent s'était écarté de sa route et venait ravager tout ce qu'il rencontrait dans sa course. Ah ! c'est alors que je connus la malice de ces monstres des enfers, et je leur dis encore : « C'est en vain que » vous voulez m'en imposer en cherchant à bra- » ver les opérations qui détruisent votre pou- »voir, et en opposant toute I4 violence de
57 S votre savoir magique à la puissance d'un re- » mède que vous redoutez ; votre colère n'est » rien pour moi, elle n'en impose pas à mon » esprit, je ne vois dans tous les efforts impuis- » sans de votre magie qu'un reste d'audace « que je veux bien vous pardonner. Vous vou- n driez peut-être me faire croire que la dé- M pense que je viens de faire est inutile? Non , » non , vous vous livrez à une trop grande er- » reur; et pour vous le prouver, je suis prêt à » recommencer quand les provisions d'aujour- y d'hui seront épuisées. Dieu merci, j'ai assez de >y moyens , tant en argent qu'en courage , pour » être sans cesse en opposition, avec vos infâmes V manœuvres. »
Pour leur prouver que je tiendrais parole , je continuai jusqu'à six heures du soir à ali- menter les feux qui servaient à mes opéra- tions; la fatigue et la cîxaleur q^ue je devais iné- vitablement supporter ne m'épouvantèreat pas.
Mais l'heure de la prière étant arrivée , je quittai tout pour aller à Saint-Roch ; j'y fis mes 'prières comme à l'ordinaire. Dans un excès de zèle, je m'adressai à Dieu , à son fils, au Saint- Esprit ^ à la Vierge et h Saint- Joseph. Je ne doutais pas qae par leur intercession je ne |jurvinsse à obtenir l'avantage de confpnd.re
îes ennemis de îa Foi de Nolre-wSeignear Jésiis- Christ , qui voudraient faire de notre terre bienfaisante un vaste désert où nous serions obligés de mourir de faim ou de nous manger les uns les autres ; ce qui amènerait insensible- ment la fin du monde, que Dieu n'a pas encore ordonnée.
Une sainte inspiration m'apprit que les signes de la très-sainte croix font fuir les infernaux , mais que pour s'en venger ils emploient l'auto- rité qu'ils ont sur les planètes, les font mou- voir à leur gré sur les différentes personnes (]u'ils veulent accabler ou ruiner.
Je fis encore la remarque que le démon de-' vait être contrarié par les prières qu'on adresse à Dieu, et les bénédictions que ses fidèles mi^ nistres font dans les divers lieux où ils s'ar- rêtent les jours de procession. J'ajoutai donc ,^ ce jour-là , la prière suivante à celles que je fais journellement : « Permettez , Seigneur, a l'un » de vos plus fidèles serviteurs, en raison de la » grâce que vous lui accordez, de bénir le ciel , « la terre, et tout ce que renferme non-seule- » ment la France , mais eiîcore toute l'Europe « et toute la terre babitée. Souffrez qu'en exor- » cisantla terre, il la purge des malins esprits a qiii dévastent nos récoltes; je veux réduire les
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>j infâmes farfadets ^ et les faire rentrer dans le » néant d'où ils n'auraient jamais dû sortir. »
Je quittai la maison du Seigneur, bien dé* terminé à exécuter ce que je venais de deman- der à Dieu , et je commençai mon exorcisme en me plaçant premièrement en face de l'Orient, ensuite je me retournai du côté de FOccident. L'ardeur que je mettais dans mes gestes fit ras- sembler beaucoup de monde autour de moi , chacun me remarquait et ne savait nullement ce que je voulais faire.
Cependant, pour ne pas trop donner à connaî- tre mes intentions, je tâchai de m'y prendre de manière à rendre mes gestes moins démonstra- tifs. Je récitai d'abord le Credo, VAi^e Maria , V Angélus , etc. ; je fis aussi plusieurs signes de croix. Ma première station commença rue Saint- Ilonoré, vis-à-vis celle de Saint-Roch et celle du Dauphin. J'avais trouvé cette première po- sition analogue à mes pieuses intentions^ vu que les trois rues forment très-bien le signe de la croix. J'entrai ensuite dans la rue du Dauphin, au bout de laquelle je fis ma deuxième station en récitant toujours les mêmes prières , et en ayant bien soin de faire comme j'avais fait au bas des degrés de l'église de Saint- Roch. Cette deuxième station étant terminée , je voulus traverser le jardin des Tuileries pour
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préserver, par mes prières , la demeure d®* nos rois des projets malfaisans des farfadets. Mais quelle fut ma surprise lorsque j'en vis la grille fermée ! je fus long-temps à réfléchir, pour me dissuader que ce n'était pas le malirs esprit qui m'avait joué ce tour abominable ; mais comme je ne voulais pas perdre un ins- tant , je pris le parti de longer la rue de Rivoli jusqu'à l'entrée de la rue de rEclielle , oîi je m'arrêtai pour ma troisième station ; jy fis les mêmes cérémonies tant du côté du levant qu@ du côté du couchant ; je dirigeai ensuite ma course vers la place du Carrousel: cette bell© place si commode à toutes sortes de cérémonies m'inspira l'idée de faire une station à ses quatre faces ; mais comme je craignais toujours d'être remarqué et d'être gêné dans mes opérations , je me retirai à l'écart pour j procéder à l'abri des importuns.
Lorsque cette quatrième stalion fui finie ^ je 2îie rendis sur le quai , où je fredonnai ma cin- quième doléance; je n'oubliais jamais aucunes des prières ni aucunes des cérémonies que j'avais consacrées à cette espèce d'exorcisme , en me tournant sans cesse à droite et à gauche.
Mon intention était d'en faire une sixième vis- à-vis le pont des Arts ; je m'y arrêtai avecplaisir, d'autant que la superbe façade du Louvre est im
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des plus beaux morceaux d'architecture qu'on puisse préserver de Tinfluence des génies dia- boliques. En quittant cette position je me rendis au pont au Change ; mais avant d'y arriver , et pour mettre un peu plus d'ordre dans ma marche , je fis ma septième station à l'entrée du Pont-Neuf, d'où je poursuivis ma route vers le pont au Change , où, arrivé , je me plaçai au milieu du trottoir qui regarde l'est sud-est ; j'y fis les prières stationnaires , puis traversant ledit pont j je me trouvai à l'ouest-nord-ouest pour y faire encore une station. Je longeai le pont, au bout duquel je fis la même chose; ses issues formaient parfaitement bien l'image de la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Le Palais de Justice fixa aussi mon attention , je ne voulus pas passer devant le temple des lois où siègent jour et nuit les magistrats qui se sont consacrés à défendre nos communs in- térêts , sans avoir préalablement fait une nou- velle prière. De là je pris le chemin du pont Saint-Michel, où je stationnai, à l'entrée , au milieu , à droite , à gauche et à l'autre extré- mité. J'en sortis pour continuer ma route jusqu'au pont Royal. En faisant cette impor- tante course je m'arrêtais devant les rues qui me présentaient l'emblème d'un objet reli- gieux j je ne voulais pas me distraire par deg
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Lorsque cette quatrième station Fui finie ^ je me rendis sur le quai , où je fredonnai ma cin- quième doléance; je n'oubliais jamais aucunes des prières ni aucunes des cérémonies que j'avais consacrées à cette espèce d'exorcisme , en me lournant sans cesse à droite et à_ gauche.
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Le Palais de Justice fixa aussi mon attention , je ne voulus pas passer devant le temple des lois où siègent jour et nuit les magistrats qui se sont consacrés à défendre nos communs in- térêts , sans avoir préalablement fait une nou- velle prière. De là je pris le chemin du pont Saint-Michel, où je stationnai, à l'entrée , au milieu , à droite , à gauche et à Fautre extré- mité. J'en sortis pour continuer ma route jusqu'au pont Royal. En faisant cette impor- tante course je m'arrêtais devant les rues qui me présentaient l'emblème d'un objet reli- gieux^ je ne voulais pas me distraire par des
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Lorsque cette quatrième station fut finie ^ je me rendis sur le quai , où je fredonnai ma cin- quième doléance; je n'oubliais jamais aucunes des prières ni aucunes des cérémonies que j'avais consacrées à cette espèce d'exorcisme , en me tournant sans cesse à droite et à gauche.
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des plus beaux morceaux d'architecture qu'on puisse préserver de Tinfluence des génies dia- boliques. En quittant celte position je me rendis au pont au Change ; mais avant d'y arriver , et pour mettre un peu plus d'ordre dans ma marche , je fis ma septième station a l'entrée du Pont-Neuf, d'oîi je poursuivis ma route vers le pont au Change , où, arrivé , je me plaçai au milieu du trottoir qui regarde l'est sud-est ; j'y fis les prières stationnaires , puis traversant ledit pont j je me trouvai h l'ouest-nord-ouest pour y faire encore une station. Je longeai le pont, au bout duquel je fis la même chose; ses issues formaient parfaitement bien l'image de la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Le Palais de Justice fixa aussi mon attention , je ne voulus pas passer devant le temple des lois où siègent jour et nuit les magistrats qui se sont consacrés à défendre nos communs in- térêts , sans avoir préalablement fait une nou- velle prière. De là je pris le chemin du pont Saint-Michel, où je stationnai, à l'entrée , au milieu , à droite , à gauche et à l'autre extré- mité. J'en sortis pour continuer ma route jusqu'au pont Royal. En faisant cette impor- tante course je m'arrêtais devant les rues qui pie présentaient l'emblème d'un objet reli- gieux^ je ne voulais pas me distraire par des
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occupations mondaines ^ je répétais , chemin faisant , les prières qae j'avais faites au mo- ment de mes stations.
Je ne dois pas laisser ignorer à mes lecteurs, co faveur de mes pieuses stations, que lorsque je .sortis de Saint-Rocli , le temps était très-cou- vert , et qu'avant la fin de ma tournée , les juiages lesplus noirSj sous lesquels j'étais obligé de passer, et qui m'accablaient sous le poids de leur chaleur , s'élevèrent peu-à-peu et permi- rent à Tceil admirateur de la belle nature de jouir de la vue des brillantes étoiles dont Dieu a orné le firmament ; aussi je remerciai bien sin- cèrement rarcliitecte du ciel d'avoir eu la bonté d'exaucer mes prières. Je fis une dernière et très-pieuse station au milieu , à droite et à gauche du pont Royal , et je rentrai chez moi le cœur plein de reconnaissance envers ce Dieu de bonté qui avait exaucé mes ferventes prières.
Je lui promis de recommencer le lendemain ma pieuse promenade , et même de la conti- nuer aussi long-temps que je la croirais néces- saire et qu'elle pourrait lui être agréable.
Voilà comment je passe mon temps : La nuit je veille pour protéger le sommeil des victimes des farfadets , qui ne connaissent pas d'où par^ lent leurs persécutions; je conjure par mon
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remède la foudre, la grêle , la pluie, la neige et tous les mauvais temps qui nous sont procurés par la physique farfadéenne; le jour, je visdeso- briété^ je passe une grande partie de mon temps dans les églises de ma sainte religion, et lorsque j'en sors je continue à prier mon Dieu afin qu'il arrête le mal que depuis trop long- temps les farfadets font à notre terre. C'est ainsi que mes concitoyens sont à l'abri du mauvais temps. Ah ! lorsqu'ils connaîtront tous les moyens que j'emploie pour contrarier la race diabolique , ils se réuniront à moi , ils veilleront une partie de la nuit , ils allumeront le feu anti-farfadéen pour faire mon remède , ils iront plus souvent qu'ils ne le font aujourd'hui dans les temples consacrés à la religion catholique , ils prieront avec plus de ferveur et ils se réuniront à moi pour faire processionnellemeat les stations dont je viens de les entretenir dans ce Chapitre , et qui maintes fois j lorsque je les ai faites seul , ont eu un si heureux résultat.
O mon Dieu ! plus je m'avance dans la con- fection de mon ouvrage et plus je sens s'ac- croître dans mon âme l'amour que j'eus tou- jours pour votre majesté divine. Jetez un regard favorable sur votre humble créature pour qu'elle puisse continuer sans interruption le récit de ses découvertes.
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CHAPITRE X.
Mouveîles Stations ; j'aime les Bourbons ^ remploi de mon i^emède est couronné de succès.
Fidèle a ma promesse , Je fis , le lendemain , en sortant de Sainl-Rocli, d'autres stations: de îa peîite rue Dauphin ^ je rentrai auxTuileries^ dont je trouvai la porte ouverte , à mon grand contentement ; j^'en profitai pour traverser le jardin ; lorsque je fus au milieu , je me crus Irop heureux dy pouvoir faire ma prière en demandant à Dieu d'accorder au Roi une meit- îeure santé, la prospérité de sa famille pour îe honlieur du peuple français et celui de toute FEurope 3 car nos destinées sont attachées à îa prolongation de la vie de notre bon Roi , elle me sera jamais trop longue pour affermir le bon- heur qu'il veut nous procurer, et que nous au- rions déjà obtenu entièrement sans la méchan- ceté des cruels farfadets , qui sont ses ennemis comme les miens.
Je sortis du jardin par la grille du pont Rojal ou je fis encore une station, en contemplant l'ap- partementde LouisXVIÏI. Ensuite je continuai
îtion cîiemin jusqu'au pont au Change , que ]e traversai pour revenir au pont Royal en pas- s^aîit par la rue de la Barillerie et le pont Saint- Micliel ; je n'oubliai pas de m'arrêter, comme la veille , aux rues , ponts et carrefours , pour y faire mes prières stationnaires : j'eus le bon- heur de voir un ciel parsemé d'étoiles brillantesj, beaucoup de personnes jouissant du plaisir de la promenade ; ce qui augm.entait ma satisfac- tion , et me confirmait que mes prières étaient agréables à Dieu, puisque j'en obtenais le résultat désiré. Je le remerciai avec une grande fer- veur, el je m'en revins chez moi en continuant toujours mes prières.
Dans la nuit du 6 au 7 août je me mis auL lit à minuit , deux heures après mon retour du pont Royal j j'eus le plaisir de voir le ciel encore fort beau , la lune était sur son déclin et ré- pandait sur la surface de la terre toute la force et la vivacité de cette lumière argentée qui lui est communiquée par le premier astre du. firmament. Quelle fut ma surprise , lorsque , dans la nuit , vers trois heures du matin , ie temps s'obscurcit ; j'entendis la pluie tomber avec force ! Je dus alors m'adreSvSer aux mons» très que Je désigne sous le nom de farfadels, et je leur dis : « Ah î scélérats, vous travaillez ! eîi a bien, je travaillerai aussi, moi. » Je ne le pofi-
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Vais pas en ce moment , je n*avais pas clie^ moi tous les ingrédiens anli-diaboliques.
Je restai au lit jusqu'au moment d'aller a la messe ; lorsque j'y fus ^ je fis toutes les prières que le temps commandait. Après avoir satisfait à ce devoir indispensable , je m'adresse à Dieu : « Vous avez entendu , grand Dieu ! le travail » de la compagnie infernale , ennemie du repos » des humains , permettez qu'à mon tour je » travaille pour les contrarier dans leurs opé- M rations criminelles ; je veux être en guerre » avec eux toute la journée, tant je suis irrité » de leurs affreuses manœuvres. »
En rentrant chez moi, voici comment je leur parlai : Si je reviens à ma chambre , Mes- i) sieurs , c'est pour m'acquitter des promesses « que j'ai faites cette nuit à ceux dont vous :» suivez les ordres destructeurs. » J'allumai tous les feux dont j'avais besoin pour mes opé- rations ordinaires, et j'y travaillai avec ferveur. Je ne les quittai qu'à six heures du soir pour allei^ a la prière à Saint-Ptoch ; lorsqu'elle fut finie , je sortis par un temps fort couvert , mais il ne put retarder l'ardeur de mon zèle; je pris le chemin que je suivais ordinairement pour mes stations, et vers la fin de cette pieuse prome- nade le temps nébuleux s'éclaircit , j'eus le plaisir d'entendre dire aux passans et aux per-
47 èoiines qui se promenaient : « Voyez donc le » beau temps , comme il s'est éclairci depuis » un instant ! » On peut se figurer la joie que je ressentais d'entendre ces paroles, puisque c'était par mon travail continuel et les prières que je faisais journellement , que nous goûtions cette faveur divine. Je rentrai cliez moi , enchanté de ma journée, et je continuai mon pèlerinage jusqu'au i5 du mois d'août.
C'est ainsi que je me comporterai toutes les fois que le mauvais temps s'opposera h la régu- larité des saisons. Remède anti-farfadéen, pro- menades religieuses, stations multipliées, rien ne sera négligé pour que la nature ne soit pas conlrariée par les esprits infernaux.
Mais je ne me bornerai pas , ainsi qu'on le verra bientôt j à combattre les farfadets lors- qu'ils voudront détruire nos blés et nos plan- tations ; mon remède sera encore employé lors- qu'ils cherclieront à contrarier nos affecLions et nos jouissances.
Lorsque j'apprendrai qu'une vierge est me- nacée , je me précipiterai sur mes fourneaux. Je brillerai mon soufre et mon.sel, et je sauverai l'honneur de la vertueuse personne. J'en agira^i de même , lorsqu'il s'agira de procurer un bea^ jour pour célébrer les fêtes du roi et de aog princes. J'ai déjà réussi plusieurs fois à ce sujet.
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Je ne dois pas le dissimuler à nies lectêufs. J'aime et je vénère l'immortelle dynastie qui règne pour le bonheur des Français ; et quoique né dans un pajs qui n'était pas sous leur do- mination, lorsque je suis venu au monde, je n'en désire pas moins de voir perpétuer la l'ace auguste des Bourbons.
Je suis né papiste dans le Coratat Venaissin ; mais pour cela , je n'en dois pas moins être bon français. Ainsi que tous les vrais chrétiens, j'ai deux souverains légitimes : le pape et mon Roi. Le pape représente sur la terre l'apôtre qui y planta la foi; le Roi, par la grâce de Dieu , veille à notre bonheur dans ce monde : l'un est le protecteur du spirituel , l'autre veille à notre bonheur temporel. J'ai donc raison de dire que j'ai deux souverains légitimes; c'est parce que je leur suis dévoué, que je dois veiller à ce que rien ne les contrarie.
Leurs fêtes doivent être célébrées sans être troublées par le mauvais temps; c'est pour cela qu'il faut que tous les bons français se reu- nissent à moi pour conjurer les mauvais esprits, lorsqu'on devra célébrer ces fêles.
On verrabientôt le triomphe que je rempor- tai sur les farfadets, le jour même de la Saint- Louis, Sans moi , la fête de ce jour aurait été troublée par l'orage et par la tempête.
49 Ah ! si je pouvais élre en même temps a Home et à Paris, je serais trop heureux, j'aurais la faculté de m'opposer au travail farfadëen le jour qu'on célébrerait la fête du Saint-Père, il est vrai que si , jusqu'à ce moment, personne n'a pu travailler à Rome, ainsi que je le fais à Paris, plusieurs Romains pourront m'imiter , lorsqu'ils auront lu mon ouvrage. Jusqu'à pré- sent je n'ai pas eu des imitateurs; mais dans îe délire qui me transporte, je me plais à ré- péter chaque jour et chaque nuit : Il s'en pré- sentera j gardez-vous d'en douter.
CHAPITRE XI.
Êvénemens qui ont suivi la cérémonie religieuse que f ai fondée à Saint-Roch. Je parviens à empêcher les Faifadets de troubler la fête du Roi,
J'ai déjà parlé d'une fondation que j'ai faite à Saint-Roch, et du motif qui me la fit faire. Le jour anniversaire de cette fondation , je me rendis à l'église, pour y entendre la messe. En sortant de chez moi le temps était très- beau, et, pendant que j'étais à prier Dieu, il se gâta. Je sortis du temple pour me porter aux IL 4
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Tuileries. Le Roi, qui venait aussi d'entendre la messe à la chapelle , se mit au balcon pour procurer au peuple réuni sur la terrasse , le plaisir de contempler les traits d'un monarque Bien aimé. La joie publique se manifesta par de vives acclamations auxquelles je participai de tout mon cœur. Je fis plus: dans l'excès de ma satisfaction , je récitai pourle Roi et sa famille une petite prière qui ne pouvait être que favo- rable , car elle partait du fond de mon cœur.
Je sortis des Tuileries par la grille du pa- villon de Flore. A peine fus-je rendu sur le quai du Louvre , qu'un tourbillon de poussière^ poussé par plusieurs vents qui se combattaient, vint sur moi avec violence. Je jugeai bien que c'était le malin esprit qui agitait tout les vents impétueux et les forçait de se battre en- semble : chacun cherchait à se couvrir les jeux pour éviter la poussière qui pouvait porter at- teinte à la vue ; et moi , je vis qu'il était temps de faire mes prières stationnaires , afin que Dieu, par sa toute-puissance, dissipât ce fléau, qui pou- vait entraîner avec lui de grands dommages et contrarier la cérémonie qui devait se faire à Notre-Dame et dans les rues circon voisines.
Selon ma louable habitude, je m'adressai ainsi à mon Créateur :
« 0 mon Dieu ! serait-il possible que les en-
n nemîs de l'ordre et de la religion fussent assez » puissans pour troubler une cérémonie aussi » sainte s aussi utile que celle qui doit>âvoir » lieu le 25 de ce mois? Quel malheur si les M personnes qui désirent assister à la fête , en 5) étaient privées , et quel désagrément si les » troupes qui doivent être placéespourprotéger M et garder les issues de la procession solen- n nelle , se trouvaient trop incommodées par la w pluie et ne pouvaient exécuter leurs évo- » lutions! Non, Seigneur, j'ai toute confiance » en votre ineffable bonté. Je crois que vous » ne souiFrirez pas que les magiciens , les sor- M ciers , triomphent , dans un moment oîi l'on î) doit célébrer la fête de ce Roi pieux qui ne » vit que pour le bonheur de ses sujets, pour » le bonheur de l'Europe , et qui se dévoue à » à la défense et à la propagation de notre sainte n religion. »
Tout en adressant ma prière à Dieu , je con- tinuai ma promenade , et je voyais avec la plus grande joie le beau temps revenir de plus en plus. Ma course étant finie , je rentrai chez moi, je continuai à faire ma prière jusqu'au ^5 au matin. Le temps était superbe pendant la " matinée de ce jour. J'en éprouvai d'autant plus de plaisir j, que je remarquai sur toutes les figures un air de contentement parfait, occa"
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iSionné parles préparatifs de la fête de notre Roi»
Ma joie ne fut pas de longue durée. A midi ,
je vis, à ma grande surprise, trois nuages qui
semblaient se réunir, s'entre-choquer et nous
menacer d'un orage i ce contre-temps m'inspira
les réflexions suivantes. « Souffrirai -je qu'un
3) si beau jour soit troublé par la malice des
» partisans deBelzébuth? Non, je ne le souffrirai
to pas, je ne puis me faire à l'idée de voir une si
» belle fête , pour laquelle on a fait des prépa-
» ratifs immenses et qui procurent un si grand
M plaisir à toutes les classes de la société , trou-
» blée par les maléfices des émissaires de Belzé-
«buth; et, puisque ces médians travaillent
» pour en empêcher la célébration, je vais aussi,
îî de mon côté , travailler, mais tout-à-fait con-
» tradictoirement avec eux , car ce sera pour
» tâcher de dissiper, par les heureux effets de
» mon remède, tout ce que les satellites du dé-
» mon entreprennent pour faire manquer cette
» belle et auguste fête. »
Je rentrai de suite pour faire mes préparations; rien ne fut épargné. Tous les ingrédiens dont j'ai déjà parlé, et qui entrent dans la composi- tion de mon sacrifice , furent prodigués pour pouvoir réussir. Il semblait que la solennité du jour augmentait mon animosité contre cette cruelle engeance farfadéenne, « Monstres ,
» seciérals , vampires, leur dis-je , vous von- » ciriez priver les malîieureux marchands de » vendre les provisions qu'ils ont faites en î) l'honneur d'un si beau jour ? vous voudriez î) empêcher les amateurs des belles choses de M jouir du feu d'artifice qui doit clôturer les a fêtes? Non, non, non, mille fois non, vous )> ne réussirez pas ; tant qu'il me restera quel- » ques moyens, je vous combattrai de toutes», B mes forces. Je suis infatigable lorsque je lutte îj contre des monstres de votre espèce. J^e ne » dois rien épargner pour vous expulser de tous . î) les endroits oii je pourrai vous trouver. »
Je recommençai mes opérations en leur jetaat du sel et du soufre autant que j'en eus.
Mais par un malheur in oui il se trouva que le tuyau de mon poêle fut bouché par mes en- nemis. Cette perfidie , que je n'avais pas prévue, empêcha la fumée de monter, puisque le cou;- Mnt d'air était intercepté. Au contraire , elle descendit et sortit avec une telle violence par. la petite porte du poêle , qu'elle eut bientôt rempli la chambre d'une fumée si épaisse, que,» pour n'en pas être empoisonnéj je fus obligé d'ouvrir la porte et la croisée de ma chambre. Ma prévoyance fit sortir une vapeur si épaisse et d'une odeur si forte , que les voisins se mirent spontanément à leur fenêtre , pour, voii' si le:
H
feu n'avait pas pris à mon appartement : leur crainte fut si grande, qu'on fît appeler les pom- piers. Le caporal entra dans ma chambre , et comme il ne pouvait me voir, en raison de îa fumée épaisse dans laquelle j'étais engoufFré\> il me demanda si le feu était chez moi. Je lui répondis, sans l'apercevoir, que non; mais que la fumée provenait d'une opération très- ntile , que j'étais en usage de faire contre les farfadets, et que je renouvelais contre eux en ce moment, pour les empêcher de troubler la fête de Louis XVIII , qui devait avoir lieu ce jour-là même. Je veux , ajoutai-je au pompier, que chacun se divertisse et célèbre avec joie le jour solennellement consacré à prier pour le père de tous les vrais chrétiens. Votre intention est très-louable _, Monsieur , me répondit le pompier ; mais je vous invite à ne rien faire qui puisse mettre le feu.
Je fus très-satisfait des conseils et du bon ton de M. le caporal des pompiers. Ses procédés, dans cette circonstance ^ me le firent considérer comme un brave homme. Cela devait être, il appartient à un corps qui se dévoue au bonheur de l'humanité, et qui est bien en opposition avec les farfadets incendiaires.
Plein de satisfaction de la scène qui venait d'avoir lieu , je continuai mes opérations, efe
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mes peines ne furent point infructueuses , tous les nuages se dissipèrent , le beau temps reparut et se maintint toute la journée , de manière que la fête fut très-belle. Elle commença parla dis- tribution des comestibles et du vin pour la classe ouvrière et malheureuse ; ensuite on vit des danseurs et des clianteurs , et de distance eu distance des orchestres devant lesquels on ad- mirait de fort jolis quadrilles. Dans les Champs- Elysées ce n'était que jeux et plaisirs. La quan* tilé de marchands de toutes espèces , qui s'y étaient établis, donnaient à cette promenade un air vivant qui ravissait. Le feu d'artifice fut tiré à neuf heures et demie ; il était si considérable , qu'il fit l'admiration de toutes les personnes qui aiment les choses surpre- nantes.
Quant à moi, je réfléchissais à l'autorisation que je voudrais obtenir pour en tirer un_,quipût être dirigé contre les infâmes farfadets, afin de pouvoir les faire tomber et pulvériser en cen- dres , comme mes différentes pièces d'artifice»
Lorsque le feu fut fini, chacun put jouir de la beauté des illuminations, qui toutes étaient fort belles j elles durèrent très-avant dans la nuit. Le ciel avait repris toute sa s4rénité ^ grâce à mon étonnant remède.
Eh bien! lecteurs, que pensez-vous de celte
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soène? n'est-elle pas vraiment dramatique? Il 3^ aurait, je crois, de quoi en tirer le sujet d'un beau mélodrame. J'ai cru, moi ^ qu'elle était assez piquante pour en faire rendre l'effet par îe dessin qui est au frontispice de mon second volume. Jetez les jeux sur ce dessin , voyez comme il est vaporeux ! Examinez l'air soucieux du pompier! Mais, par opposition , contemplez combien j'étais calme. Je semble direà celui qui m'interrogeait: Tranquillisez-vous, vous n'avez rien à craindre , je remplis une mission céleste^ le feu ne prendra jamais dans les appartemens où on fera l'opération anti-farfadéenne.
Ce dessin était nécessaire à mon ouvrage. Les deux autres qui seront attachés h mon second volume, me représentent dans le mo- ment où j'opère contre les farfadets. Les trois lytliograpliies du deuxième volume sont cor- rélatives , elles ne peuvent pas marcher l'une sans l'autre. Elles représentent les sensations différentes que j'éprouve selon la position où je suis. Là, comme je vous l'ai déjà fait observer, je suis calme. Ici, je suis attentif et persévérant. Dans cette autre opération, je sois rayonnant d'avoir triomphé de mes ennemis.
Lorsqu'il en sera temps , je donnerai l'ex- plication , à mes lecteurs , des autres vignettes qui ornent mon ouvrage. Si j'ai anticipé pour
57 celles qui se trouvent à mon second volume, c'est que j'ai été entraîné par le récit que je venais de faire. En effet , la scène qui s'est passée entre moi et le caporal des pompiers est assez intéressante j pour qu'après la lecture de ce chapitre on ne s'empresse de jeter un coup- d'œil sur le dessin qui la représente. Je le re- garde en ce moment Lecteurs ;, faites
comme moi,
CHAPITRE XII.
Conférences avec des pajsans et un militaire provençal en garnison à f^incennes. Mon remède est encore employé' plusieurs Jois avec efficacité'.
Le soir du aS août, je rentrai chez moi , enchanté de ce que les émissaires du diable n'avaient pas réussi dans leur infâme projet de troubler la fête de notre bon Roi. Je continuai mes prières jusqu'au 29 du mois. Ce jour-là , j'eus un entretien avec des gens de la campagne, car j'ai toujours eu beaucoup de foi dans les connaissances astrologiques des campagnards. Je les consultai sur les besoins de la terre ^ sur la nécessité où ils étaient d'avoir du soleil ou de la pluie. Ils me répondirent que la terre
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était déjà très-sèche , et qu'elle aurait besoin qu'il tombât un peu d'eau. Je nie suis rendu a leurs raisons, j'ai dit : qu'il pleuve; et pour cela je fis trêve à mes opérations. Mon souhait fut accompli : il plut , m ais un peu trop.
Je me levai, le 3o août, à cinq heures ^ et je me mis en route de suite pour aller à Vin- cennes. A peine étais-je sorti de la barrière du Trône , que la pluie tomba à verse. Je m'a- dressai alors aux farfadets et leur dis : « Ah ! » coquins, vous profitez des momens où je me » mets en route, pour me mouiller; mais je » vais bientôt vous déjouer , en adressant une « prière à Dieu. » Je priai , et la pluie cessa.
Je continuai mon chemin jusqu'au château : de là, je me rendis à la porte de la barrière du poljgone. Le premier militaire que je rencon- trai j était un provençal , mon compatriote , des environs de mon pajs. Il eut la complaisance de me faire les détails du désastre qui avait été occasionné par l'explosion du petit magasin à poudre du château ; le feu avait pris à des car- touches de poudre à tirer, que l'on préparait pour la fête. 11 me fit aussi remarquer sur un mur éloigné du lieu de l'accident , Tempreinte du corps de l'imprudent que 1 explosion de la poudre avait fait sauter à plus de deux cents pas. Lorsque j'eus visité toutes ces choses , qui
59 ofFiaient des souvenirs douloureux , je proposai à mou compatriote de venir prendre un petit verre. Je lui donnai mon adresse , en l'invitant à venir me voir, et je le quittai.
De retour h la barrière du Trône , la faim se faisait tellement sentir, que je fas contraint d'entrer dans un cabaret pour déjeûner. Je fus très^salisfait de ne payer le vin que sept sous , d'autant que je le trouvai meilleur que celui que l'on paye st^iz^ sous dans l'enceinte de Paris. La rivière n'est pas aussi près des marchands de vin des barrières , que de ceux qui habitent le grand village. Je revins ensuite chez moi, puis je me rendis le soir à Saint-Roch. En sor- tant de la prière, je remarquai que, par un effet de la puissance divine , le temps était très-beau.
. Le lendemain j'étais dans une maison où l'on parla de la récolte, on prétendait qu'elle serait abondante en grains et en fruits. J'avoue que ces paroles me firent un grand plaisir , et je dis aux maîtres de céans qu'ils pouvaient en rendre grâces à mes prières ; que sans elles on ne pourrait se féliciter d'avoir sauvé les biens de la terre. Comment ! me dit-on, seriez-vous pour quelque chose dans la pluie et le beau temps? — Je ne m'en flatte pas ; mais j'ai grande con- fiance en Dieu , je le prie et j'espère, —Eh bien î
priez-îe donc d'arrêter le mauvais temps qui se^ prépare en ce moment. — Oui^ Messieurs^ je le prierai ^ et vous en verrez les effets. Je sais- ine soumettre , d'ailleurs , aux volontés du^ grand rés;ulateur de nos destinées. Je sortis à l'instant et je m'en revins à la maison.
Il était une heure vingt ou trente minutes, lorsque la grêle tomba. Je priai Dieu, j'allumai tous mes feux , je fis mes opérations , et la grêle cessa. Le ciel se montra dans toute sa beauté à cinq heures quarante-huit minutes, 3'allai à Saint-Roch , et je m'en revins à la maison par le chemin que j'avais choisi pour faire mes di- verses stations. J'eus le bonheur de voir mes peines récomp£nsées : le temps était tout-a-fait an beau» Je jouis encore une fois d'entendre toutes les personnes qui se promenaient , vanter lasérénité du ciel et lapureté defatmosphère.
Le i®"" septembre, je passai l'après-midi près de la maison des personnes qui m'avaient dife de prier pour avoir du beau temps. J'y entrai, et leur demandai quel temps il avait fait depuis que je ne les avais vues , et quel temps il faisait aujourd'hui. Elles me firent beaucoup de com- plimens. Eh bien ! leur dis-je , c'est en raison du travail que j'ai fait hier contre les farfadets , que vous avez un si beau temps aujourd'hui. Oix me félicita et on m'invita à prier pour avoir d©
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Iseîles vendanges. J'observai que cela ne dépen- dait pas de moi; mais que , pourtant , après les avoir demandées à Dieu, je ferais mes opéra- tions pour obtenir un bon jus de la treille. Nous vous en prions, me dit-on, et nous vous en aurons une grande obligation. Je sortis très- satisl'ait. Je suis aimé de Dieu.
Dans les derniers jours du mois d'août , j'avais vu des personnes avec lesquelles j'étais lié d'a- mitié, elles me dirent avec familiarité: M. Ber- biguier , vous savez que nous avons besoin de pluie; et, comme à l'aide de vos opérations et surtout de vos prières, vous avez les moyens d'opérer la pluie et le beau temps, nous vous invitons à nous procurer l'eau qui est nécessaire pour favoriser l'abondance.
Messieurs , leur dis-je , vous m'attribuez des pouvoirs qui n'appartiennent qu'à la Divinité. Je vous déclare que je n'ai aucuns moyens pour obtenir ce que vous désirez. Je me borne à prier Dieu. Il est juste et bon en toutes choses,, nous devons nous en rapporter à sa miséricorde divine. Apprenez donc , puisque vous ne le ^avez pas , que les opérations que je fais ne sont , ni pour nous préserver , ni pour de- mander de la pluie, mais qu'elles sont dirigées contre les ennemis de la puissance divine , pour m'assurer si les mauvais temps nous viennent
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par leur maléfice , ou si nous devons nous y soumettre par obéissance aux lois divines ^ auxquelles ces monstres ne veulent jamais se soumettre. Quand je reconnaîtrai que la pluie nous vient par ordre de Dieu j je la laisserai tomber, et mes opérations seront nulles; mais si elle est l'ouvrage des malfaiteurs dont nous avons à nous plaindre , j'ose me flatter qu'alors mes prières multipliées et mes opérations ne seront pas toujours infructueuses. Mes amis me firent compliment de ma modestie et de la ma- nière dont je rapportais toutes mes actions à Dieu et non à moi. Ils me dirent que chacun convenait que l'on m'avait beaucoup d'obli- gation ; qu'on ne faisait que me rendre justice, en me considérant comme un homme utile à la société , et qu'il serait à souhaiter , pour la ville de Paris, que je voulusse bien m'y fixer.
Tant de complimens blessaient ma modestie, je pris la parole pour les faire cesser : Messieurs^ je vous assure que je ne fais rien que tout autre ne puisse faire. Ma grande vertu , c'est la foi , elle seule nous sauve ; ayez-en j et vous serez heureux dans vos opérations , comme je le suis dans les miennes. Ces paroles convainquirent mon auditoire. Je saisis ce moment pour le laisser réfléchir.
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CHAPITRE XIII.
Reflexions sur les vicissitudes humaines. Conseils à mes semblables.
Que mm. les habitans de Paris et ceux des environs comparent le temps du mois de juil- let 1819 à celui du mois d'août de la même année ^ ils conviendront qu'il est bien plus agréable de vaquer à ses affaires par un beau temps , de se promener, d'aller à la campagne 5 comme on l'a fait pendant ce dernier mois , que d'être abîmé par la pluie ^ le vent, Fo- rage , etc. , comme on l'a été pendant le mois précédent. Si le temps pluvieux et orageux avait continué, que seraient devenus les voya- geurs , les ouvriers qui travaillent en plein air, et qui sont ainsi exposés aux bourasques et aux tempêtes?
Il en est de même des biens de la campagne , ils ne peuvent prospérer s'ils sont submergés ou renversés par la grêle. Toutes les classes de la société , et toutes les plantes , en général , sont bien plus heureuses quand elles n'éprou- vent aucun de ces fléaux. Eh bien ! il est donc constant que j'ai appris , par mon
64 travail, que le temps qu'il avait fait en août était l'ouvrage de Dieu, et que celui du mois pré- cédent était celui des magiciens, sorciers ou far- fadets qui ont fait pacte avec le diable. Les per- sonnes qui voudront bien lire mon ouvrage m'approuveront, j'en suis certain, d'avoir écrit contre l'influence maligne que le démon a usurpée sur l'espèce humaine; car^ d'après l'Ecri- ture sainte , on sait qu'il n'est pas au monde un monstre plus accompli que le chef des farfa- dets. Voyez-le, pour notre malheur, favoriser ses émissaires sur la terre, tandis qu'il est occupé à diriger ses états souterrains au milieu des enfers. Sa voix est encore plus effrayante que soncorps^ tout tremble à son aspect et à sa parole, si l'on peut appeler parole le cri d'un monstre in- fernal.
Depuis long-temps je me suis familiarisé avec les cruautés de ses émissaires , j'ai compris leurs atrocités, j'ai découvert leurs intentions per- fides , et j'ai trouvé que le meilleur recours qu'on puisse emploj^er contre leur scélératesse, c'est la prière et les opérations que j'ai très- heureusement imaginées pour les combattre.
Tout ce que j'ai entrepris et fait pour tra- verser leurs intentions m'a été suggéré par les plaintes journalières que j'ai entendues dans le monde ; je ne pouvais être insensible aux gér-
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missemens des malheureuses victimes du mau- vaistemps.
Quelle satisfaction pour moi ! me disais-je , en remarquant la joie répandue sur le visage des infortunés que j'avais secourus par ma science ; les expressions du contentement que j^ voyais dans tous leurs traits étaient pour moi la plus douce et la plus belle des récompenses.
C'en était bien assez pour m'eiicourager à agir toujours de la sorte toutes les fois que les far- fadets voudraient abuser de leur pouvoir pour foire tomber la pluie , la grêle , la neige , gron-^ der la foudre ou faire souffler le vent, sans autre motif que celui de nous faire du mal. Que d'actions de grâces ne dois-je pas à Dieu pour m'avoir donné des connaissances si utiles aux hommes et si préjudiciables à leurs enne- mis ! Mais ma modestie me fait une loi de ne pas m'attribuer toute la gloire de ce bienheu-p reux résultat.
Je me borne seulement à inviter les personnes vraiment pieuses, qui se font un devoir de conscience de rapporter toutes leurs actions à la divinité , soit qu'elles demeurent en France ou dans l'étranger, à faire le remède que je leur ai déjà indiqué plusieurs fois, de manière à ce que le meilleur commerce sur toute^ la terre soit celui de marchands dé cœurs de bœuf, de
II. 5
66 «oufre, de sel, d'aiguilles, d.''ëpingles , de vinai- gre et de tabac, d'autant mieux que je recom- mande expressément de payer avec générosité tous les iogrédiens qui doivent procurer à mes imitateurs le repos et la jouissance de mon bienfaisant talisman.
Ceux qui , comme moi , feront mon remède, ■doivent adresser au Seigneur cette prière : u O >» mon Dieu ! si telle est voire volonté de nous «faire éprouver du mauvais temps , nous de- » vons nous y soumettre; mais si ce mauvais » temps est occasionné par le maléfice de nos « ennemis communs, faites, ô mon divin maître, » que le travail que je vais faire contre les es- « clàves de Satan puisse leur ôter les moyens
* de faire souflfrir les malheureux en leur fai- » sant éprouver la misère , qui est le plus grand s des maux que puisse supporter l'honnête
• homme. »
C'est après cette prière qu'on connaîtra l'ef- ficacité ou la non efficacité du remède. Si le mauvais temps se maintient , c'est que Dieu le veut , et nous devons encore nous soumettre à ses ordres divins, puisqu'ils ont pour but d'ac- corder ce qu'il juge nécessaire à la fertilité de la terre et à la santé des hommes. L'architecte du monde sait et voit tout; c'est pour cela qa'à une trop grande sécheresse il fait succéder une
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forte pluie , et qu'à une trop grande pluie il oppose le beau temps.
La religion chrétienne est la consolatrice de nos souffrances , c'est dans ses préceptes que j'ai puisé et puiserai nia persévérance et pia rési- gnatjon.
CHAPITRE XIV.
Quelques mots de plus sur les planètes. Discusr sion scientifique à ce sujet*
J'ai déjà parlé des planètes , j'en dois parler souvent. Plusieurs personnes, avec lesquelles je /causais j me dei^andèrent un jour ce que c'était que mes planètes. Vous en parlez , me dirent- <elles , â propos de pluie et de beau temps. — • Messieurs, j'entepds par planètes l'astre lumi- peuxque les farfadets empbient pour soumettre une ou plusieurs personnes à leur empire. C'est ainsi qu'ils placent leurs victimes sous l'influence de la planète du vent , de la pjuie , de la neige, de la grêle ou de l'orage, et qu'ils s'en em~ parent ensuite comme d'une proie qui leur ap- partient ; mais leur opération n'est parfaite qui^ lorsque, par leur infâme mapége, ils ont dé«
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Iruit PefFel de notre étoile bienfaisante ; sàliS cela ils ne pourraient peut-être pas nous sou- mettreà leurs lois, parce qu'il y aurait un Combat inévitable entre noire étoile protectrice et la planète destructive qu'ils lancent contre ïious. Mais, Monsieur, me répondifc-on , la pluie et la neige sont souvent nécessaires aux pro- ductions de la terre , à sa culture et aux plan* tes qu'elle produit : l'une est propre à faire mourir les insectes qui endommagent les plantes, les arbustes et les arbres fruitiers, l'autre nous est souvent favorable pour arroser la terre , qui ne produirait que peu de récolte sans ce secours divin. Gela est si vrai , ajouta-t-on , que lors- qu'il a régné pendant un certain temps une sécheresse trop longue, ofi fait dans la campagne une procession à laquelle un bon nombre de fidèles prend part pour obtenir de la faveur di- vine la pluie nécessaire à la récolte ; dans le Câs contraire on prieDieu de la faire cesser quand elle est trop abondante. Les vents et les orages sont souvent favorables pour purger l'air qui se trouve quelquefois trop épais et trop resserré dansTat- Hiosplière; alors la pression des nuages forme une détonation qui produit un orage , en raison des obstacles qui s'opposent à son effet ; et ce bruit éffrojable , que rien ne peut arrêter, nous an- nonce que l'air a repris son équilibre et se
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trouve dégagé de k pesanteur sous laquelle nous étions accablés.
J'avais à faire à forte partie , et cependant je répondis à mes frondeurs audacieux- que je n'étais pas tout-à-fait de leur avis , en leur fai- . sant comprendre , autant qu'il me fut possible ^ que Dieu ayant tout prévu , avait par consé- quent pourvu à tout. Je leu^i" donnai poursola- , tion que tout ce qui est extrême est mal; que ce q^ui est mal est un vice, et qu'assurément le vice , n'est pas en Dieu. Je consens bien, îeur.dis-je , q^u'il fasse du vent , qu'il tombe de la pluie, de la, neige , et qu'il éclate quelques orages pour, purger l'air corrompu qui pourrait, par la suite, .; nous occasionner une peste inévitable ; je crois même que la pluie est nécessaire pour arroser la terre, et que le vent est utile pour la sécher ; mais vous conviendrez que le trop est trop , et que les extrêmes n'ont jamais rien produit de bon. Or, les extrêmes ne sont jamais l'ouvrage d'un Dieu qui est juste et bon , et qui ne veut , pas j sous le prétexte de nous faire du bien , nous, envoyer beaucoup trop de vent ou de pluie pour nous faire du mal. Je conclus de ma ^ réponse que la plus grande partie des mauvais temps qui nous désolent ^ ainsi que les autres , maux auxquels nous sommées exposés , sont en-
tièrement l'ouvrage des farfadets et non l'effet de la volonté du Seigneur. — ^Mais , Monsieur, permettez-nous de vous observer que de tous temps ces choses ont eu lieu , qu'elles sont à la connaissance de tous les siècles passés. — Oui , j'en conviens ; mais c'est parce que de tout temps il y a eu des farfadets , et que jusqu'à ce jour personne n'a combattu leurs infâmes manœuvres ; mais il y a un terme et un com- mencement à tout. Que saveJjVous si Dieu ne in'a pas choisi pour être le fléau de la race fat- fadéenne ? Ne faut-il pas, pour combattre les farfadets , connaître leurs noirceurs et per- suader aux mortels qu'ils doivent s'armer du bouclier de la foi pour les détruire ou prévenir les coups qu'ils pourraient en recevoir ? Souf- frez , Messieurs , que je vous pose un dilemme raisonnatle au Sujet de la trop grande quan* tité de pluie que nous avotis vu tomber : Ou Dieu voulait iious puhir par un nouveau déluge , ou les dernier s pluies né Sont pas son ouvrage. Car, par atialogicj que penseriez-vôusd'un père qui . pour désaltérer son enfant, que la soif in- commoderait , l'obligerait à boire d'un seul trait un sceau plein d'eau? Ne serait-ce pas donner un remède pire que le mal? et ce père insensé îîie pourrait-il pas s'accuser de noyer son fils au
71 lieu de le désaltérer? Voilà justement ce qu'on ne peut supposer, sans crime ^ de la part d'ua être aussi bon., aussi juste que Dieu.
Mes raisonnemens étonnèrent mes gloseurs ; aussi n'osèrent-ils plus rien répondre, si ce n'est que je les avais eGnfbndu& par mes raison- nemens scàentifiques. Et pourtant je ne me suis pas livré toute ma vie à étudier, mes connais- sances ne peuvent être attribuées qu'à une fa- veur toute particulière du Dieu que j'adore et que je sers avec tant de ferveur.
C'est en faisant ces réflexions que je me se» parai de mes^ discoureurs. Je crois que dans cette occasion je fus plus heureux que l'apôtre ,^ ma voix ne se fit pas entendre dans le désert. Ali! je suis vraiment glorieux lorsque je puis triompher de l'incrédulité de quelqueshommes, qui se croient instruits parce qu'ils se permet^ tent de déraisonner. Les grands, principes du bien finiront par l'emporter sur le sophisme d'une philosophie mal entendue.
Oui , ce que je n'ai pas fait jusqu'à ce mo- ment , parce que mon éloquence verbale n'est pas persuasive, aura un résultat satisfaisant lorsque mon livre sera dans les mains de mes semblables qui auront eonfiance en moi.
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lièrement Fouvrage des farfadets et non Veïïet de la volonié du Seigneur. — ^Mais , Monsieur, permettez-nous de vous observer que de tous temps ces choses ont eu lieu , quelles sont à la connaissance de tous les siècles passés. — Oui , j'en conviens ; mais c'est parce que de tout temps il j a eu des farfadets , et que jusqu'à ce jour personne îi'a combattu leurs infâmes manœuvres ; mais il y a un terme et un com- mencement à tout. Que saveàsf ous si Dieu ne fa'a pas choisi pour être le fléau de la race fat- fadéenne ? Ne faut-il pas , pour combattre les farfadets , connaître leurs noirceurs et per- suader aux mortels qu*ils doivent s'arttier du bouclier de la foi pour les détruire ou prévenir les coups qu'ils pourraient en recevoir ? Souf- frez , Messieurs , que je vous pose un dilemme raisonnable au Sujet de la trop grande quan* tité de pluie que nous avons vu tomber : Ou Dieu "Voulait nous punir par un nouveau déluge , ou les dernier s pluies nesontpasson ouvrage. Car, par ahalogie, que penseriez-vôusd'un père qui . pour désallérer son enfant, que la soif in- commoderait , l'obligerait k boire d'un seul trait un sceau plein d'eau? Ne serait-ce pas donner un remède pire que le mal? et ce père insensé ne pourrait-il pas s'accuser de nojer son fils au
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71 lieu (îe le désaltérer? Voilà justement ce qu'on ne peut supposer, sans crime _, de la part d'un être aussi bon, aussi juste que Dieu.
Mes raisonnemens étonnèrent mes gloseurs ; aussi n'osèrent-ils plus rien répondre, si ce n'est que je les avais eonfondus par mes raison- nemens scientifiques. Et pourtant je ne me suis pas livré toute ma vie à étudier, mes connais- sances ne peuvent être attribuées qu'à une fa- veur toute particulière du Dieu que j'adore et que je sers avec tant de ferveur.
C'est en faisant ces réflexions que je me se» parai de mes. discoureurs. Je crois que dans cette occasion je fus plus heureux que l'apôtre, ma voix ne se fit pas entendre dans le désert» Ah! je suis vraiment glorieux lorsque je puis, triom^pher de l'incrédulité de quelqueshomraes, qui se croient instruits parce qu'ils se permet- tent de déraisonner. Les grands principes du bien finiront par l'emporter sur le sophisme d'une philosophie mal entendue.
Oui , ce que je n'ai pas fait jusqu'à ce mo- ment , parce que mon éloquence verbale n'est pas persuasive, aura un résultat satisfaisant lorsque mon livre sera dans les mains de mes semblables qui auront confiance en moi.
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CHAPITRE XV.
ifowelles preuves de V efficacité de mes Stations:^ Mon voja^e au Calvaire et à Saint- Cloud.
En 1819, dans le mois de septembre, je sortais de l'église de wSaint-Rocli , le temps était si couvert qu^on ne vojaitni le ciel ni la terre ; je pensai qu'il était nécessaire de me livrer^ sans tarder, à quelques-unes de mes opérations anti-farfadéennes. J'en demandai la permission à Dieu en lui adressant ma prière accoutumée. Lorsque je Feus terminée , je continuai mon chemin , et je lis une station au Carrousel , vis- à-vis le palais du Roi ; j'en fis une seconde près dû pont au Change , et de là je revins au pont Kojal j comme j'avais l'habitude de le faire de- puis que je me livrais à ces exercices religieux*
Chose remarquable , en marchant et en fai-^ sant mes prières , je vis les nuages se séparer et se dissiper sensiblement , on eût dit qu'ils descendaient sur ma tête pour m'annoncer que le beau temps allait venir. Ma promenade était à peine finie, que le ciel fut entièrement pur et brillait d'un nombre infini d'étoiles. Personne lie pouvait se rendre compte d'un changement
73 si prompt , chacun disait à c€t égard tout ce qu'il pensait ; mais les raisonnemeBsda vulr» gaire prouvaient bien qu'il était tout-à-fait igno- rant sur les véritables causes de ce phénomène; personne n'avait vu et compris ce que Dieu m'avait fait la grâce de me faire voir et de me faire comprendre. Je ne jugeai pas k propos d'instruire l'ignorance , pour ne pas avoir à sou- tenir des discussions sur la puissance divine; je me bornai à remercier Dieu de la faveur qu'il m'avait faite ; je pensai que mon lecteur judicieux et éclairé aurait la faculté de réfléchir comme moi sur la réalité et l'utilité de mes connaissances»
Quelques jours après cet événement, c'était, je crois, le 1 1 septembre, à dix heures du soir, après avoir fini mes prières, je vis le ciel bien étoile : je m'en réjouis beaucoup j parce que j'avais l'intention de faire le lendemain matin mes prières au saint Calvaire.
On le sait , je ne me couche que très-rare- ment : à minuit , je regardai le ciel comme pour le contempler; j'aperçus qu'il était tout couvert de nuages se dirigeant avec une rapidité éton- nante du nord - ouest au sud - est. Je voulus alors me reposer un moment pour prendre les forces nécessaires à mon pèlerinage. Le 12 , au malin , je fus très-surpris de voir le temps tout
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eoLiverl ; wiais j'avais promis à Dieii d*anèr atâ Calvaire, je voulus tenir ma parole , et je sorti» de chezmoià quatre heures et demie du matin.
Chemin faisant je me livrai à mes réflexions. îl n'est pas une plante, pas un arbre, me disais- je, qui ne soit un bienfait de Dieu, soit pour les hommesj soit pour les animaux ; mais les animaux sont plus heureux que nous, leur nourriture est pure et sans apprêts , ils ne crai- gnent pas qu'une main malfaisante atténue le suc qui entretient leur existence , tandis que nous autres créatures civilisées nous sommes en butte a la méchanceté de nos semblables ; j'en suis un exemple bien frapj aat , car enfin qu'ai- je fait aux hommes farfadets pour être tour- menté comme je îe suis? je n'ai jamais envié îe bien d'autrui y je n'ai jamais dit du mal de personne , ma conscience n'a rien à se repro- cher, et si je ne fais pas autant de bien que je désirerais en faire aux pauvres par mesaumônesj c'est que j'emploie mes deniers à préserver le inonde de la méchanceté des ennemis de la foi et de notre humanité. Ces réflexions, qui se renouvelaient sous différentes couleurs , m'oc- cupèrent pendant toute ma route.
Enfin j'arrivai au saint lieu; mon premier devoir fut d'entrerà la sacristie et de demander à un prêtre qui s'y trouvait , s'il pourrait dire
73 une messe à rinslant et à rinlcnlionde la Vierge Marie. Ce ministre du Très Haut me dit avec beaucoup de sagesse que cela n'était pas possible pour ce jour-là , attendu que toutes les messes du jour étaient retenues et payées d'avance , comme cela se pratique toujours; mais que si cela pouvait m'accommoder , il me promettait que le lendemain j'en aurais une pour mon compte. J'acceptai très-volontiers cette aimable proposi- tion, et je priai le chapelain de recevoir d'avance ce qui lui revenait de droit , parce que j'ai tou- jours trouvé très-juste que le prêtre vécût de l'auteL J'assistai néanmoins à la messe qui allait se dire , afin de ne pas perdre le temps que je devais rester dans ce saint lieu. .
Quand la messe fut dite je m'éloignai de la foule des fidèles pour me livrer à mes prières particulières et îl mes cérémonies d'usage. Un grand nombre de petits chemins conduisent au Calvaire j je fus remarqué par une quantité pro- digieuse de personnes qui virent le mouvement de mes bras élevés vers le ciel, que je diri- geais tantôt du nord au sud , et tantôt de l'est à l'ouest , afin de demander à Dieu d'empêcher les médians de causer aucun ravage dans aucune des quatre parties désignées par les mouye* îHens télégraphiques de mes bras; dans le même
76 îMoment ces personnes virent , ainsi que moi , tous les nuages se dissiper et le temps devenir fort beau. Je remerciai Dieu de cette nouvelle faveur et je pris la route de Saint-Cloud pour jouir des plaisirs d'une fête renommée dans, toute la France, C'était la foire du village. >
Je m'jrsuis beaucoup promené, quoiqu'un peu fatigué par la route que j'avais déjà faite depuis quatre heures et demie du matin. Je ne remar-, quais guères les longueurs des chemins ^ car les réflexions sans nombre qui m'occupaient m'em- pêchaient de calculer les distances; je marchais toujours seul, et sans avoir envie de me ren- dre compte du chemin que j'avais fait dans la journée.
Je parcourus le parc de Saint-Cloud ; j'eus , comme tant de personnes qui aiment les belles choses , le plaisir de voir jouer les eaux. Pen- dant que je prenais part à ce charmant spec- tacle , Je crus m'apercevoir que le temps se couvrait ; j'en accusai la race infernale, que j'a- postrophai de cette imprécation : « Monstres , coquins, scélérats, je devine quelle est votre . envie! c'est parce que ce lieu renferme un grand nombre d'honnêtesgens qui viennent se divertir un instant et faire trêve aux peines et aux tca-, vaux qu'ils éprouvent toute l'année , que vous
77 ■ voulez les en punir en lançant contre eux une plcinète furibonde ; mais je vous attends de pied ferme. »
En prononçant ces mots , j'entrai dans un cabaret pour prendre quelques forces ; je remar- quai que le vin était fort bon; il est vraiqu'ajant marché toute la journée , il est possible que la fatigue ait excité mon indulgence, puisque j'en- tendis d'autres buveurs qui s'en plaignaient.
Lorsque je fus restauré je répris la route de Paris, durant laquelle je me disais t Je voudrais bien savoir à quoi servent les moyens que les magiciens emploient pour troubler le beau temps et nous menacer de pluie, d'orages, etc., puisqu'ils savent maintenant que par la grâce de Dieu , les prières que je fais dissipent tous leurs projets en moins d'une demi-heure, La réponse est facile : les farfadets ne veulent pas perdre l'habitude du crime ; ils espèrent peut- être triompher de mes efforts.
CHAPITRE XVI.
Mon retour du Cahaire. Mort de mon fidèle Coco y dont les Farfadets étaient jaloux.
^ LoRSQtJE j'arrivai du Calvaire mon écureuil vint vue caresser comme à son ordinaire pour
_ 78 _ prouver l'amitié (ju'il avait pour moi. Cette
petite béte était vraiment la seule consolation
que j'avais; je lui rendis de tout mon cœur
caresse pour caresse , et en m'occupant du soin
de me mettre à table , je l'invitai à venir me
tenir compagnie. Elle vint en effet se mettre k
côté de moi.
IjC pauvre Coco ne mangea pas comme h son ordinaire , il me quitta pour aller se coucher. Mais hélas ! ce fut pour la dernière fois !..., Il pressentait peut-être le sort qui l'attendait. Les farfadets , mes lecteurs le savent , ont le funeste pouvoir d'endormir et de faire trans^ porter oîi ils veulent les personnes , objets de leur haine, pour les poursuivre à leur volonté; ils ont , à plus forte raison > le pouvoir de faire ce qu'ils veulent à un animal sans défense.
Coco avait pour habitude de se placer dans une des manches de ma redingote du matin , que je plaçais au pied de mon lit; il était ainsi à portée de venir me souhaiter bonne nuit, de s'étaler à mes côtés pour me féliciter lorsqu'il s'apercevait que je voulais prendre un peu de repos , et puis il allait reprendre sa place ordi- naire»
Celte fois ce fut tout le contraire , les en- ragés farfadets le placèrent entre le drap du lit et mon matelas. Lorsque je voulus me cott-?
79 cher, et au moment où je posai un genou sur mon lit y un farfadet me prit par les épaules et me bouscula avec violence. Hélas ! je ne puis re- venir encore de ma douleur ! je sentis qu'en me plaçant à l'endroit ordinaire j'écrasais mon pauvre petit écureuil. Qu'on juge de mon dé- sespoir! Coco n'était plus! je fus privé du seul être vivant qui me consolait dans mes peines. Ce fut en vain que je cherchai à lui prodiguer mes soins , le mal était sans remède ; les farfadets l'avaient désigné pour victime ! Ils ont voulu me punir par la privation de l'objet qui m'était le plus cher, et pour comble de rage ils ont €xigé que moi-même , à mon insu , et par im- prévoyance , j'immolasse un être faible , sans défense et sans malice. Voilà de ces traits qui caractérisent mes cruels ennemis.
La pauvre bête ne survécut pas un jour à l'assaut qu'elle avait éprouvé, elle mourut dans la matinée du lendemain qui avait suivi sa cata- strophe. Mon premier soin fut de la faire em- baumer afin que ses tristes restes pussent me rap- peler le souvenir de ses actions et de ses vertus. J'ai placé Coco sous un verre ; le bout de sa queue ^ coupé par M. Etienne Prieur à U fin de iSfôj est placé entre ses deux pattes de derrière \ il est dans une position qui me rappelle ses gentillesses et ses tajen^. je nesaii
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si l'aspect du cadavre de ce petit animal est pour les farfadets la tête de Méduse : ils viennent beaucoup moins me visiter pendant le jour; mais en revanche ils sont toujours sur moi pendant la nuit. O mon cher coco ! peut-être qu'ils voudraient me procurer la mort que je .t'ai donnée ! ils voudraient ni'étouffer, les cruels!..
CHAPITRE XVII.
Menaces qui me sont faites par mon compatriote Chaix y de Carpentras,
Dans le mois d'août 1819, M. Chaix, de Carpentras , qui me trouva chez mon cousin , M. Comaille , me dit d'un air très - sévère , qu'il savait que je faisais un Mémoire contre les magiciens , ses amis, et contre lui ; mais d'y prendre garde j, qu'il me poursuivrait devant le Tribunal correctionnel , quand même il de- Trait , pour plaider, manger sa dernière che- mise. Je me comportai avec lui très - philoso- phiquement ; bien loin de faire attention à une menace aussi ridicule , je pris ma canne et mon chapeau et je me retirai sans dire une paroie.
Quelques jours après j'étais encore chez M. et madame Comaille | M, Chaix entra , et dit d'un
8i air boursoufflé : Je suis bien tourmente depuis avant-hier, je souffre terriblement; je suis piqué par des épingles depuis la tête jusqu'aux pieds , et j'ai failli être étouffé par une odeur de soufre. Je vis oîi il en voulait venir , et pour éviter toute explication , je sortis comme je l'avais fait quelques jours auparavant. Il est vrai que cette fois j'éprouvai un certain plaisir en pensant que les tourmens qu'il ressentait étaient l'effet des opérations que j'avais faites contre les farfadets.
C'est peut-être aussi par l'effet de mon salu- taire remède que M. Sabatier, célèbre médecin, élève de M. Pinel, mon cruel ennemi , est at- teint d'une maladie que toute la faculté ne peut définir. On a jugé à propos de le faire aller dans son pays natal , pour lui faire prendre un air meilleur ; il souffre beaucoup, mais sans pouvoir connaître ni indiquer les causes de ses véritables souffrances. Ce M. Sabatier est aussi de la société infernale. Et comment ne serait- il pas malade ? S'il faut s'en rapporter à ce que disent de lui ses amis, il mène une vie scanda- leuse, il passe les nuits dans les orgies du diable ; après avoir bien mangé il va abuser des femmes. Et qui pourrait résister k une vie aussi déréglée que celle-là ?
J'ai donc lieu d'espérer que MM, Prieur fils et II. 6
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M. Papon Lomini , son cousin j éprouveront le même sort ; ils ont sacrifié leur liberté au \ii plaisir d'être associés à la compagnie de Bdizé- bulh. La société nombreuse dont ils font par- tie , et qu'ils ont grand soin de ra'envover pour {augmenter mes souffrances^ ne sera pasexempte de ma vengeance. C'est ainsi que je verrai finir tous mes persécuteurs, que je donne tous au diable de bien bon cœur.
Les médians ne doivent pas espérer de jouir toujours de leurs impunités : à force de faire du mal on fatigue la clémence de Dieu; ce n'est qu'alors qu'il fait éprouver aux pervers les. tortures qu'ils ont fait éprouver eux-mêntes à rbomme juste.
, D'après cela , M. Cliaix doit voir où. nous en- traîne un sot orgueil. L'indiscret a été forcé de faire Taveu de ses souffrances ; il dit main- tenant à qui veut l'entendre, qu'il éprouve les plus cuisantes douleurs , qu'il est sans cesse piqué par des épingles ou des aiguilles acérées q,ui le meurtrissent depuis la tête jusqu'aux pieds. Tant pis pour lui: ceux qui penseront comme moi n'auront pas pitié de ses souf- frances ^ ils diront que c'est un bienfait de la divinité d'avoir procuré à mes opérations les résultats que je soubaitais qu'elles eussent contre les farfadets. Il m'est cruel pourtant de me
83 réjouir du mal que je fais à un de mes compa- triotes Mais aussi pourquoi a-t-il fait pacte
avec le démon !....
CHAPITRE XVIII.
Le Cauchfimar nous est procuré par la persé- cution des Farfadets.
Mes lecteurs doivent bien se pénétrer de la nécessité d'emplojer le spécifique que mon -remède procure aux victimes des farfadets» Tous les maux que nous ressentons Sont l'ou- vrage de ces misérables.
Le neveu et la nièce d'un Monsieur de mon quartier, dont les moeurs et la probité sont très-pures , se plaignirent un jour , en ma pré- sence , à leur oncle, d'être depuis long-temps tourmentés par le cauchemar. Je leur observai franchement qu'ils étaient dans l'erreur , et qu'ils ne devaient pas partager les préjugés du. vulgaire , que les farfadets sont intéressés àtenir dans l'ignorance, par cela seul qu'on ne veut peut pas se donner la peine d'approfo-ndir les véritables causes des maux que ces médians nous font éprouver.
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J'invitai les deux jeunes gens à se désabuser sur leurs souffrances qu'ils voulaient bien atlri-, buer au caucîiemar. Ne crojez pas , leur dis-je , qu'il existe aucun mal que l'on puisse appeler ainsi. Ouvrez tous les Traités de Médecine , et vousn'j verrez aucun remède indiqué pour cette jnaladie , qui n'est , au fait , qu'un malaise que le diable nous procure très-souvent , en se dé- guisant en chat. Voilà pourquoi on nous repré- sente le cauchemar sous Feniblême de cet ani- mal astucieux. Et, en effet, le cauchemar est représenté par une personne couchée sur le dos, ajant sur la poitrine un chat farfadet qui lui gêne la respiration et voudrait la faire expirer. .Vous conviendrez, d'après cette démonstration, que ce sont les magiciens qui vous font éprouver ce malaise ; ils sont jaloux de votre intimité , et ces démons veulent tout tenter pour troubler .votre union. Il faut donc les contrarier en fai- i^ïnt promptement usage du remède que j'ai déjà indiqué à M. votre oncle , vous vous en trou- verez bien , je vous assure.
Je fus quelques jours sans revoir ces jeunes gens. L'oncle, que je rencontrai le premier, me remercia sincèrement du service que j'avais rendu à ses neveu et nièce, et m'assura que depuis qu'ils avaient opéré contre les farfa- dets, ils jouissaient d'une parfaite tranquillité.
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Voilà la preuve complète que le cauchemar est une oeuvre du démon qui flatte parfois les sensations des mortels qui refusent de s'associer à son brigandage. L'amant passionné pour une beauté vertueuse rêve qull est dans les bras de celle qui lui résista de tout temps; le pro- cureur rêve qu'il est honnête homme ; le mé- decin voit autour de lui tous les malades qu'il croit avoir arrachés au tombeau; la duègne croit n'avoir que quinze ans ; les filles du Palais-Royal croient être dans un couvent de religieuses^ ^'esclave rêve l'indépendance; l'avare donne un repas superbe a tous ses voisins; l'homme de lettres n'écrit que pour instruire ses sem- blables , et le journaliste se croit un apôtre de la vérité.
Qu'on appelle tout cela cauchemar, je le veux bien , puisque je ne puis pas détruire les pré- jugés qui gouvernent le monde ; mais moi, j[e dirai toujours que c'est l'ouvrage des farfadets , qui viennent nous éprouver lorsque noussom* mes dans Iqs bras de Morphée.
Je crois avoir prouvé par cette dernière dé- monstration qu'ail existe deux cauchemars : le premier, qui nous fait jouir; et le deuxième^ qui nous fait éprouver des toarmens , en dormant»
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CHAPITRE XIX.
Mon remède guérit une Dame qui m'est pré- sentée par la propriétaire de la maison que j'occupe.
Vers la fin de septembre 1819, la maîtresse de la maison que j'habite prit la peine de mon- ter à ma chambre , pour me»prier de venir donner des conseils salutaires à une dame de ses amies, attaquée de la maladie que Je nomme malfar- fadéen. Cette dame médit qu'elle était victime de la malice des magiciens.
Je pris la liberté de lui faire plusieurs ques- . lions sérieuses sur son état. Je lui demandai les motifs qui me procuraient l'avantage de traiter une dame bien aimable. Je lui fis des questions sur Tétat de sa santé , sur ce qu'elle éprouvait le jour, la nuit? Je lui demandai encore si on ne la volait pas? Elle me répondit qu'elle n'avait jamais trouvé de dérangement dans l'état de ses affaires. Je conclus de mes questions , de ses réponses et de mes observations, que son mal n'était autre chose qu'une agitation perpétuelle, occasionnée par les farfadets, qui probablement avaient envie de jouir d'elle,,
Après avoir profondément réfléchi sur les eonseils qu'elle al tendait de moi , je lui dis que, vu sa position , je ne voyais pas d'inconvénienl; à ce qu'elle opérât mon remède _, pour être guérie radicalement. Je lui fis le détail des. ïDgrédiens qu'il fallait employer pour cela.
Cette dame fut très satisfaite de la recelte que je lui donnai ; et bien loin de répugner ( comme font tant de personnes indisposées ) à faire ce remède salutaire, elle parut très- ioyeuse de l'ordonnance du médecin. La maî- tresse de la maison, enchantée de la docilité de son amie , et pour faciliter plutôt sa guérison^ lui ofFiit de lui prêter les ustensiles qui lui avaient servi , quelques jours avant, pour faire la même opération.
11 se passa plus de quinze jours sans que j'en- tendisse parier de ma malade ; car malgré ma. haine pour presque tous les enfans d'Esculape, je n'en suis pas moins le médecin anti-Jwfadéen,, Mon hôtesse en paraissait fort en peine. Enfla ma malade revint chez moi d'un air tout effrayé. Je la saluai respectueusement, et la priai de me dire des nouvelles de sa santé, et de m'ap^ prendre en même temps par quelle raison elle nous avait privés du plaisir de la voir depuis si long- temps, sans avoir donné de ses nou- velles. Elle nous apprit qu'un évàiement mai-
heureux, qui lui était arrivé, l'avait privée du plaisir de nous voir ; qu'au moment où elle était occupée h faire mon remède ^ le vase dans lequel elle préparait ses opérations fut renversé et lui tomba sur les jambes , ce qui lui fît éprouver de très-grandes souffrances et la força de garder la chambre.
Sitôt que je pus sortir, ajouta-t-elle , je me suis décidée à aller voir M. Moreau père , phjr- sicien renommé^ afin de le consulter sur ma si- tuation. Ce Monsieur me dit , a la suite de mes observations, que j'étais enceinte depuis deux mois, ce qui m'affligea plus que ma brûlure. Il lit plus, il devina que je devais retourner chez un autre Monsieur plus âgé que lui, et que j'a- vais déjà consulté ; que probablement ce Mon- sieur me tirerait d'embarras , puisqu'il connais- sait la cause de mon mal. J'ai donné pour cela trois francs à ce M. Moreau, pour reconnaître ^s soins et payer ses conseils, — Ah ! Madame, puisque M. Moreau a bien voulu vous renvoyer à moi , je vous conseille de faire encore mon même remède , à double dose , et d'avoir bien soin;, lorsque vous piquerez les cœurs de bœuf, de dire , en y fichant les épingles : « Monstres, » coquins, sorciers^ charlatans , farfadets , voilà » les noms que vous méritez , je désire qu© » toutes les épingles que je fiche dans ce cœuf
89 » servent de recompense à vos Iravaux infer- » naux. «Vous verrez, MadamCj les effets de cette salutaire imprécation. Prenez courage; que votre première disgrâce ne vous détourne pas de sui- vre votre projet ; il faut continuer à travailler contre nos ennemis , et soyez persuadée qu'ils n'ont renversé votre vase que pour chercher à vous oter les moyens de leur nuire. Vous auriez très-grand tort de rester en si bon chemin; plus ils font d'efforts pour vous contrarier, plus il faut redoubler de courage pour les combattre et leur faire perdre tout espoir de vous tour- menter a l'avenir. Après m'avoir remercié de mes conseils , celte dame me fit l'aveu qu'elle s'était aperçue qu'on lui avait enlevé lo fr. en plusieurs petites pièces et à différentes époques; qu'elle ne savait comment cela se pouvait faire, puisqu'elle avait le soin de retirer la clef de son secrétaire et de la placer dans sa commode , où elle la cachait très-soigneusement, et d'oîi, sans savoir comment , on la lui enlevait sans cesse. Il n'en faut plus douter, ajouta-t-elle , c'est l'ouvrage des sorciers, qui ne se plaisent que dans le désordre , et qui veulent me faire perdre mon temps à chercher ce qu'ils m'en- lèvent ; mais ils n'y réussiront pas , puisque désormais c'est près de vous que je veux venir îîi'ÀiîSlruire,
go
Après tous ces détails sur la méchanceté àe nos cruels ennemis, cette dame me remercia des conseils que je venais de lui donner , et me promit de les suivre à la lettre ; je ne la lais- sai pas sortir sans Tinviter à me donner, le plus souvent qu'elle le pourrait , des nouvelles de sa santé ; elle le promit, et je fus ravi d'avoir eu une malade h guérir qui se soumet- tait avec autant de docilité à mes conseils ; elle avait sans doute jugé mon désintéressement, qui sera bientôt apprécié par tout le monde. Alors j'espère que la réputation que je dois ac- quérir par les attestations des personnes que j'ai guéries , deviendra universelle et m'attirera une foule de consultations , que je me ferai un devoir de donner gratuitement pour le bien de l'humanité.
Je l'ai déjà dit, et je me plaisà le répéter encore, je ne suis pas un charlatan, je ne fais rien payer aux personnes qui viennent me consulter. On n'a donc rien à craindre en venant me trouver; les malheureux sont sous ma protection. Quelle différence lorsque je me compare aux hommes que j'ai été consulter moi-même !
Je ne reçois ceux qui ont confiance en moi que pour leur être utile: on ne m'ouvrait la porte d'un médecin que lorsqu'on savait que j'avais un écu dans la poche pour le payer- et
9^ oin me reprodie quelquefois de ne pas aimer les disciples d'Esculape !... S'ils étaient bien pé- nétrés de leu.rs devoirs, ils ne feraient jamais rien payer à ceux qui viennent leur demander des conseils. Jésus-Christ ne demandait pas de l'argent lorsqu'il guérissait les paralytiques , les sourds, les aveugles, les lépreux; mais Jésus-Christ les guérissait , et les médecins de nos jours les envoient à l'autre monde. Voilà donc la différence qui existe entre les sectaires du Dieu d'Epidaure et le Rédempteur des hu- mains : les uns se font garnir la main par les héritiers deg malades qu'ils tuent; le fils de Dieu secondait de tous ses moyens les malheu- reux à qui il conservait la vie.
CHAPITRE XX.
Les Farfadets rendent les femmes enceintes à leur insçu.
Jolies femmes , méfiez-vous des farfadets , ils vous précipitent dans l'abîme du mal ; je ne vous parle que d'après les plaintes que j'ai recueillies de la bouche des beautés qui m'ont fait part de leurs peines. Elles , dont la vertu
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n'avait jamais été empoisonnée par aucun trait de la malice humaine , ^gui n'avaient aucune fréquentation qui pût faire soupçonner un com- merce clandestin , qui n'avaient jamais quitté la société de leurs chers parens ; ces dames , ces filles , ces veuves , se sont pourtant vues enceintes sans s'être livrées à l'opération con- jugale , ni par pensées ni par action ; sans l'avoir mérité elles ont été exposées aux repro-? ches de leurs familles et au mépris des honnêtes gens.
Cependant elles étaient innocentes j'en
atteste le ciel; car s'il était possibldde garantir l'honneur de ces infortunées , je répondrais d'elles comme je répondrais de moi ; elles étaient les victimes de la malice et de l'intem- pérance brutale des jeunes libertins qui ont abandonné Dieu pour savourer avec plus de facilité la volupté et la débauche. C'est une des conditions du pacte qu'ils ont contracté avec les agens de Belzébuth.
Ah ! que ne puis-je faire ouvrir les yeux aux parens trompés et à toutes les personnes abu- sées ! c'est alors que j'éviterais des mortifica- tions sans nombre auxquelles sont exposées les innocentes victimes des préjugés. Je dirais à leurs parens , je dirais au public rigoureux : a Ce que vous regardez en elles comme le fruit
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» et le gage de leur honte , ne peut pas porter » la moindre atteinte à leur Vertu. Apprenez, » puisqu'il faut vous le dire et déchirer le voile s épais qui vous environne , que ce qui vous » abuse est l'ouvrage des farfadets. Ces coquins » vont la nuit surprendre les dames , ils entrent » invisiblement dans leur lit , les endorment » par Tefifet du magnétisme , et par l'opération » farfadé; nne elles mettent au monde un en- » fant bâtard ou adultérin. »
Cela ne crie-t-il pas vengeance ! O mon Dieu ! ajez pitié de ces innocentes créatures j faites , par votre divine puissance , que les farfadets soient signalés de manière à ce qu'ils ne puis- sent plus opérer le moindre mal sur la terre.
Car, enfin , les veuves et les demoiselles sont exposées aux mêmes dangers dont je viens de parler : elles vivent tranquilles dans leur ma- noir ou chez leurs parens ; personne ne s'ap- proche d'elles, et pourtant leur ventre grossit sans savoir à quoi elles doivent en attribuer la cause. Les unes sont traitées comme hydropi- ques par les médecins ignorans , les autres croient avoir des obstructions, et ce n'est qu'après neuf mois de souffrances qu'elles voient leur malheur et qu'elles mettent au monde le fruit du plaisir farfadéen. C'est en vain qu'elles veu- lent se disculper , personne n» yeut croire à
9i leur justification. La femme mariée se voit aban- donnée par l'époux auquel elle n'a jamais cessé d'être fidèle ; la veuve ne peut plus se remarier, la demoiselle est maltraitée par ses père et mère, et au milieu de ce conflit d'injustice on entend parfois le vulgaire ignorant proférer des héré- sies ; car tel est le propre des médians qui n'ont pasde religion. Lorsqu'on leur dit qu'une femme mariée^ dont l'époux est absent , qu'une veuve qui est en deuil depuis quinze mois, qu'une demoiselle qui approche de l'âge nubile, viennent de mettre au monde un enfant sans la participation d'aucun homme , les incrédules refusent de croire à celte vérité et s'éloignent des victimes farfadériséeSj en s'écriant : Elles voudraient peut-être nous faire croire que cela .leur a poussé comme une verrue pousse sur le
nez ! Ah ! mon Dieu , mon Dieu ! que je
suis indigné quand j'entends de pareils propos, et qu'il ne m'est pas permis de les réfuter !
CHAPITRE XXL
La Pie voleuse était un farfadet.
Mais si, jusqu'à ce jour^ je n'ai pu réfuter victorieusement tous les antagonistes du beau
95 sexe oulràgé par les farfadels, parce que je n'ai pas l'art de parler avec autant de facilité que le ferait un avocat que je chargerais de défendre sa cause , je ne dois pas pour cela renoncer an dessein que j'ai formé d'établir son innocence lorsque j'aurais la plume en main.
Bla tâche ne sera pas dyAlîcile , je n'ai qu'à mettre sous les jeux de mes lecteurs les ré- flexions que je faisais , après avoir vu jouer le mélodrame de la Pie voleuse.
Cette malheureuse servante de Palaiseau , me disais-je, est une victime bien à plaindre de la scélératesse des farfadets ; c'est parce qu'elle aimait bien son père ^ c'est parce qu'elle rem- plissait tous ses devoirs avec scrupule , que les disciples de Satan se sont permis de la pour- suivre jusqu'à la mort ^ et ont réussi à la faire périr. Car, quoique dans le mélodrame celte infortunée ne meure pas , il n'en est pas moins vrai qu'elle a porté sa tête sur un échafaud , parce qu'elle résista opiniâtrement aux ofîres empoisonnées du bailli.
Écoutez- moi : La servante de Palaiseau ne voulait donner son cœur qu'à celui qui consen- tirait à unir sa destinée à la sienne. Le fils du fermier qu'elle servait , l'avait jugée digne d'être sa femme. Cet hommage à sa vertu ne devait pas satisfaire les farfadets. Le bailli,
9^ qui était enrôlé dans la compagnie de Beké- buth, forma le dessein de séduire la jeune fille. Il était laid, vieux et méchant; et ce n'est pas lorsqu'on est ainsi maltraité par la nature qu'on parvient à plaire au beau sexe. Pour atteindre à son but il fit alliance avec le diable. Il lui fut alors loisible de sél..iiétamorphoser en pie. Cet oiseau est naturellement voleur. Le bailli était lui-même un homme de plume; et comme dit le proverbe : Tout ce qui porte plume est sujet à voler.
Comme rien ne pouvait détourner la jeune servante de ses devoirs , les méchans esprits résolurent de la perdre par les moyens far- fadéens. Il leur aurait été facile de s'intro- duire dans son lit et de la violer , comme cela leur arrive si souvent; mais l'amour-propre du bailli était irrité par le refus d'une jeune beauté qu'il regardait comme étant au-dessous de lui. Alors il ne voulut pas employer les moyens de volupté qui étaient en son pouvoir ; s'il se métamorphosait en pie , c'était pour se venger d'un dédain dont il ne croyait pas qu'une servante fût susceptible. Sous les formes de cette pie , il commença par voler une fourchette, et quinze jours après il prit la cuiller. Il savait bien que les soupçons ne se porteraient que sur celle qui était chargée du soin de l'argenterie, Ses
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calculs ne le trompèrent pas , et pour comble de scélératesse le bailli-oiseau répétait avec af- fectation le nom d' \nnette, toutes les fois qu'on se demandriit quel pouvait être le voleur. Pau- vre fille! tu mourus sur un écliafaud pour avoir été vertueuse ; tu résistas aux séductions farfa- déennes , et les farfadets te sacrifièrent à leur vengeance! — Mais il est vrai que leurs coups ne peuvent plus maintenant atteindre ton âme immortelle , tu jouis dans le ciel de la présence de ton Créateur, ta félicité sera éternelle. Dieu, qui sans doute avait permis que les farfadets donnassent une preuve de leur affreuse perver- sité , n'a pourtant pas voulu que ta mémoire restât entacbée d'un crime que tu n'avais pas commis , ton innocence a été reconnueet pro- clamée. Et tandis qu'on a fondé la messe qu'on dit tous les ans pour toi , et qu'on appelle la Messe de la pie , Tinfâme bailli brûle dans le gouffre des enfers, et paie par des souffrances qui ne finiront jamais , les crimes qu'il a com- mis sur la terre , et qui doivent être bien nom- breux j puisqu'il était farfadet en même temps que bailli.
Pauvre sexe féminin, tu vas trembler à pVé- sent toutes les fois que tu réfléchiras aux dai^* gers qui te menacent pendant que tu t'occupéà du soin de nos ménages!.,, Mon intention n'est
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■98 pas de l'effrajer, mais bien de te prémunir contre les embûclies des farfadets. Tu ne serais, pas , il est vrai , à l'abri d'une conspiration sem- blable à celle conçue par le méchant bailli ; mais Dieu ne permet pas souvent de pareils malheurs. Il a voulu donner un exemple ef- frayant de la scélératesse des farfadets; et s'il l'a voula , ce n'a été que pour que les mortels apprissent, qu'il n'y a rien de plus affreux que les misérables qui font pacte avec S^tanet Bel- zébu th.
Jeunes filles , femmes mariées , veuves , vieilles femmes , réunissez-vous contre nos en-r nemis;çommuns : vous connaissez maintenant les,m£tux qu'ils peuvent vous procurer^ prépare^ Yos iîi,ar]9iites et vos fourneaux, achetez des qoeurs de bœuf , du soufre , du sel, des épin-^ gjes, des aiguilles . etc. , etc. , etc. Faites mon ïieroièdp et; contribuez à vaincre avec nous les farfadets ^ ils np. sont occupés qu'à vous rendre ïnalheureuses.
.^.Cependant je sais, a n'en pas douter, que ^►armi les femmes il existe des farfadettes. Eli bien ! vous ne devez pas les épargner plus que si elles appartenaient au sexe masculin. Les far- f^detshommes sont cruels, les farfadettes du sexe sont trompeurs.... Sont trompeurs, en? tendez-vous, Mesdames ? ce que je vous dis
99 n'est pas une épigramme , prenez-en ce que vous voudrez ; mais que cela ne vous indispose pas contre moi , puisque je ne suis Tennemi que des femmes farfadeltes. J'aime les beautés qui résistent aux tentations de Belzébutli , j'a- dore les femmes vertueuses ; je repousse loin dé moi les coquettes, parce que la coquetterie mène ordinairement au farfadérisme.
Cette dernière digression était nécessaire au plan tracé de mon ouvrage. On saura donc maintenant que lorsque je déclame contre les femmes, ce ne peut être que contre les femmes qui appartiennent à la compagnie diaboliqueV Je prouverai bientôt , je l'espère, que ce n'est pas par goût que je suis resté jusqu'à ce moment célibataire : si je ne me suis pas mariée c'est que j'ai redouté d'être trompé ; mais lorsque j'aurai détruit la race des farfadets, je n'aurai plus rien à craindre.
Oui, tout me dit que je me marierai lorsque mon ouvrage aura produit l'effet q^ue je dois en attendre !,..
S'il n'y a des médians sur la terre que parce qu'il j a des farfadets , tous les mortels seront •vertueux lorsque les farfadets auront été entiè- rement dispersés et qu'il ne leur sera plus permis de nous nuire et de nous séduire.
Pour parvenir h cette heureuse issue , je dois
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dévoiler tout ce que l'expérience m'a appris au sujet de l'engeance infernale. J'ai encore beau- coup de choses à vous apprendre , mes cliers lecteurs, heureux si en vous faisant connaître lessecrets qui m'ont été affirmés par vingt-trois ans de souffrances, je puis entendre dire à ceux qui auront lu mon ouvrage , et qui l'auront commenté dans le silence du cabinet , sous l'ombrage d'un bosquet, ou étendus mollement sur un tapis de verdure : Castigat ridendo mores.
CHAPITRE XXIL
Les Farfadets possèdent une pièce de cinq francs avec laquelle ils abusent ceux qui ont à faire à eux.
C'est au commencement du mois d'octobre 1819 j j'étais dans une maison où je me ren- dais fréquemment. Le maître de céans , qui jamais n'avait voulu croire à l'existence des far- fadets 3 me fit part d'une aventure qui lui était arrivée , et qui était bien capable d'ébranler son incrédulité. Figurez - vous 3 me dit-il , qu'ayant été livrer mon ouvrage aux personnes
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pour qui je travaille , j'en ai reçu le paiement. Mon argent a été par moi placé dans mon se- crétaire j et j'ai maintenant la certitude qu'il doit m'avoir été enlevé par les farfadets , puis- que personne ^ autre que moi , n'avait la clef du tiroir où je l'avais renfermé.
Je riais de bien bon cœur en entendant mon incrédule me faire un pareil aveu ; mais je ne voulus pas le laisser plus long-temps dans l'er- reur.
Non, lui dis- je j les farfadets ne vous ont pas enlevé votre argent de votre secrétaire , ils ont un moyen bien plus facile de soustraire le bien qui ne leur appartient pas. En faisant pacte avec leur grand-maître, les démons leur donnent la faculté d'avoir toujours de l'argent dans leurs pocbes. Suivant l'importance des ser- vices qu'ils attendent de l'initié , ils lui font présent , le jour de l'initiation ^ d'une pièce de cinq francs , de quarante ou de trente sols , au moyen de laquelle il se procure tout ce dont il peut avoir besoin sur la terre.
Cette pièce est aimantée et revient toujours dans la poche du farfadet qui la donne en paie- ment. Ceux qui la reçoivent l'enferment en vain dans leur comptoir , elle ne se sépare ja- mais de son maître^ et c'est ainsi qu'on trompe
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tous les jours les marchands qui livrent leurs ruarchandises à des farfadets.
Pour vous donner une idée de la pièce far- fadérisée dont je vous parle en ce moment , je vais transcrire ici littéralement les révéla- tions qui m'ont été futes par un farfadet.
«Lorsque nous avons été trouvés dignes, me disait-il , de la pièce farfadérisée , nous som- rnes à l'abri de la misère , Fargent ne nous manque pas. Figurez-vous qu'à l'aide de la pièce de cinq freines dont je suis possesseur, je me suis ramassé dans un jour une centaine d'écus en achetant mes provisions de la journée. J'ache- tais un pain _, qui me coûtait quatorze sols; je donnais au boulanger ma pièce farfadérisée , il me rendait quatre francs six sols, que je met- tais en sortant dans ma poche. A peine étais-je sur le seuil de la porte du boulanger, dont j'em- portais le pain de quatre livres , que mes cinq francs venaient rejoindre les quatre francs six sols qu'on m'avait rendus; en sorte que par ce ' maDege j'avais un pain, quatre francssix sols d'un autre côté, et ma pièce de cinq francs qui ne me quitte jamais. C'est tout profit d'être farfadet. En multipliant dans la journée nos empiètes , nous nous sommes bientôt procuré tout l'argent qui peut nous être nécessaire. » Que m'avez-vous appris , me dit alors moa
io3 ci-devant incrédule? je crains, lorsque j'aurai besoin d'argent , d'être tenté d'entrer dans la compagnie où on possède un si heureux talis- man. — Malheureux ! vous ne pensez donc pas que vous renoncerez à votre Dieu et à l'es- poir d'une récompense dans l'autre monde '? ■ — C'est vrai, M. Berbiguier , c'est vrai , continuez à me montrer la route que je dois suivre ; mais convenez que cette pièce est bien séduisante ! —— On n'a que plus de mérite aux jeux du juge des juges , lorsqu'on sait résister aux pièges sé- duisans du démon. — Je ne l'accepterai pas , mais laissez-moi la consolation de pouvoir vous dire que celte pièce est bien séduisante.- — Pensez -en tout ce que vous voudrez, mais ne l'acceptez jamais. — Même si j'étais dans la misère ? — Oui , oui, oui, âme mercenaire !
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CHAPITRE XXIII.
Réflexions sur la science des Astronomes et des Farfadets,
Je n'ai jamais appris l'astronomie , je sais seulement que c'est une science qui dans ce monde fait beaucoup d'honneur aux personnes
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qui la cultivent. Ceux qui l'étudient se per- suadent qu'elle est nécessaire a notre humaine croyance. Elle nous rapproche , disent -ilS;, de la divinité , en augmentant notre admira- tion pour tout ce qui est sorti des muins du. Créateur. wSi la bonté de Dieu nous a permis de découvrir les corps célestes les plus éloignés de nous , n'est-ce pas pour que nous puissions apprécier davantage son^ouvrage incompréhen- sible? Notre science , enfin , soumet à notre re- gard scrutateur toutes les plus grandes mer- veilles de la nature^
Ce raisonnement serait sans réplique , si l'homme était assez sage pour ne point abuser des avantages qu'il obtient, soit par ses études, soit par les bontés du Créateur. Mais il est ré- sulté de no'sprogrès journaliers dans les sciences, que ceux qui n'avaient pas de bonnes inten- tions ont cherché à apprendre l'astronomie pour nuire aux liommes qui ne se laissent pas entraîner dans te mal.
Les farfadets ont appris cette science abs- traite pour pauvoir s'en servir contre les vic- times qu'ils veulent sacrifiera leur vengeance. De-là les planètes malfaisantes , dont j'ai déjà entretenu mes lecteurs ; d.e-]ii les pluies et les. orages qui ont détruit nos vendanges et nos moissons; de-Ià cette invisibilité si nécessaire
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a nos ennemis lorsqu'ils montent dans les nuages pour désoler les laboureurs et les vignerons.
C'est par l'astronomie farfadéenne qu'on nous a donné les pluies continuelles des années 1816 et 181 7; c'est par elle qu'on a dévasté nos plaines , déraciné nos vergers , arraché nos vignes ; c'est par elle qu'on voulait en 1819 re- nouveler les atrocités des deux années précé- dentes. On voit donc que si la science est par- fois utile , elle est aussi nuisible lorsqu'elle de- vient l'apanage des esprits malfaisans.
Heureusement que les farfadets-astronomes ne pourront pas maintenant faire autant de mal qu'ils en ont fait jusqu'à la découverte de mon remède. C'est par ce remède et par mes prières que je suis parvenu à paralyser leurs efforts; c'est par ma persévérance que je me suis attiré un regard de pitié de Dieu, qui me protège parce qu'il est le soutien du malheu- reux et du juste.
Ah ! puisque j'ai eu le bonheur de réussir dans mes opérations , parce que je les ai faites toujours dans l'espoir d'améliorer mes souf- frances, je demande la bénédiction des prêtres de Jésus-Christ. Je lésai toujours vénéréSjje les ai sans cesse considérés comme je considé- rerais mon père , s'il vivait encore , et la béné- diction d'un père a toujours porté bonheur
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\ un fils , fût-il dans l'adversité la plus parfaite»
Si depuis mes opérations nous avons éprouvé parfois du mauvais temps , il est du moins bien avéré qu'il ne nous est arrivé rien de bien fâ- cheux depuis le 5 août iSig. Depuis cette époque tous les agriculteurs travaillent jour- nellement , l'habitant de Paris peut se prome- îier sans être obligé de se faire décrotter à cha- que pas ; les lampes et les réverbères brûlent Sans être éteints par la tempête ; les chantiers sont couverts d'ouvriers qui élèvent de nou- veaux hôtels ; les voyageurs arrivent sans avoir pris un catharre en route ; les amis du plaisir s'y livrent sans avoir besoin d'avoir toujours un parapluie sous le bras ; les crieurs des rues vendent leurs marchandises sans se mouiller; la marée arrive sans être pourrie ; la viande des animaux que nous mangeons est beaucoup plus succulente , parce qu'ils se nourrissent d une herbe moins humectée.
Ravi d'être témoin d'un spectacle si ravis- sant , je demande à tous mes amis si ce temps n'est pas plus agréable que les vents , la pluie , la srêle , les orages , les inondations et les tem- pêtes , qui sont l'ouvrage des farfadets-astro- nomes?....
Tout le monde se félicite de la mission que )'ai reçue de la part du Dieu des chrétiens , et
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personne ne doulepîus ence moment que c'est à mes fréquentes prières que la France doit son bonbeur. De Calais à Nice_, de Lille à Bor- deaux on est beureux. On le sera dans les autres parties du globe lorsqu'il y aura partout un mortel qui, comme moi, pourra dire quil est lejléau des faifadets i car je ne crois pas avoir été trop présomptueux lorsque j'ai fait inscrire autour de mon portrait , qui orne le frontispice de mon premier volume : le fléau des farfa^ âets. Je le suis , je veux l'être , je le serai tou- jours.
Je désire aussi que dans tous les royaumes il se rencontre un bomme qui puisse se quali- fier comme je l'ai fait; c'est pour cela que j'écris , c'est la plus puissante raison qui m'ait déterminé à donner mes mémoires. Ce ne sera qu'alors que les magiciens n'auront plus d'em- pire sur aucun des points du globe , parce qu'ils seront persécutés partout avec le même acbarnement que je me plais à mettre lorsque je me livre à mes opérations.
Alors on n'aura de la pluie que lorsque la terre en aura besoin , la neige ne tombera que pendant le mois de décembre et de janvierj le mois de février sera froid, le mois de mars sera tempéré^ l'équinoxe ne verra pas autant de naufrages , les poissons seront excellens pen-
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Ravi d'être témoin d'un spectacle si ravis- sant , je demande à tous mes amis si ce temps n'est pas plus agréable que les vents , la pluie , la grêle , les orages ^ les inondations et les tem- pêtes , qui sont l'ouvrage des farfadets-astro- nomes?....
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Je désire aussi que dans tous les royaumes il se rencontre un liomme qui puisse se quali- fier comme je l'ai fait; c'est pour cela que j'écris , c'est la plus puissante raison qui m'ait déterminé à donner mes mémoires. Ce ne sera qu'alors que les magiciens n'auront plus d'em- pire sur aucun des points du globe , parce qu'ils seront persécutés partout avec le même acharnement que je me plais à mettre lorsque je me livre à mes opérations.
Alors on n'aura de la pluie que lorsque la terre en aura besoin , la neige ne tombera que pendant le mois de décembre et de janvier^ le mois de février sera froid, le mois de mars sera tempéré" l'équinoxe ne verra pas autant de naufrages , les poissons seront exceliens pen-
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daijt le mois d'avril ^ le mois de mai sera frais et gai , il fera des chaleurs pendant l'été et des froids pendant la saison des frimas. -
Que conclure de toutes ces vérités , si ce n'est que lorsque j'aurai des collaborateurs con- tre les projets des farfadets , tout rentrera dans l'ordre , tandis que je ne peux faire le bien que dans les contrées oîi j'ai fixé mon domicile.
Mais j'espère bien plus encore lorsque les empereurs , rois , princes et souverains auront lu mes mémoires. Ces représentans de Dieu sur la terre me favoriseront dans mes opéra- tions, ils ferontbâtir des cheminées assezgrandes pour y établir les fourneaux anti-farfadéens ; ils fourniront à leurs frais le soufre , le sel^ les cœurs de bœuf, les foi es de mouton, les aiguilles, les épingles et tout ce qui est reconnu pour contrarier la race infernale ; alors on pourra faire en grand ce que je n'ai pu faire jusqu'à présent qu'en petit , et au lieu de tuer les far- fadets par centaines, ils tomberont sous nos coups par milliers.
Mes ennemis ne se contentant pas de con- sulter l'astronomie pour me nuire, la physique les sert aussi dans leurs projets infernaux ; ils ont une madiine électrique qu'ils ont disposée dans les nuages et à l'aide de laquelle ils font éclater la foudre et fondre les orages 3 c'est ea
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ise servant de cette machine qu'ils incendient les fermes , les granges, les maisons et les cliâ- teaux ; c'est avec sa roue de cristal qu'ils font tomber la grêle et la neige.
Misérables artisans de tous nos malheurs^parlez, retirez-vous un salaire des mains de votre chef Belzébuth pour provoquer tant de désastres?... Je prévois votre réponse et je vous comprends avant même que vous ayez rompu le silence. Vos passions vous ont tellement rendu les es- claves du mal , que dans la crainte de déplaire à celui avec lequel vous avez fait un pacte , Vous allez même au-delà de ses volontés. Mais seriez-vous encore plus nombreux que vous ne Fêtes en ce moment , je ne vous crains pas , ni ne vous craindrai jamais. Et que pourrais-je craindre, en effet, tant que je serai sous la pro- tection d'un Dieu que j'adore et qui m'a placé sous son bouclier ? Avec un pareil bonheur, et sous une telle égide , je ne dois pas m'informer si vous êtes astronomes, physiciens , sorciers , diables ou esprits follets ; il est urgent , au con- traire, que je vous affirme que vous ne me ferez jamais changer de résolution , je conserverai mon caractère.
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CHviPITRE XXIV,
Quelques réflexions nous>elles relatives a mes persécuteurs y à leur grand- maître et à leur grande- maîtresse.
On a déjà une grande idée de ma résignation , on sait apprécier ma persévérance dans le bien, Oû; loue ma haine pour les ennemis du Très- J^aut: tout cela est reconnu ; je puis doncmé livrer a des réflexions qui doiyent déjà avoir été faites par mes lecteurs; elles sont relatives ^iiX; principaux farfadets dont j'ai déjà donné le ^iom ,^t C[ii6 j^ ^^ P"is P^^s trop signaler à l'ani- Jmd version publique.
M. EUeijine Prieur a été le plus mécliant de tous : avec: son air aimable, honnête et poli , ayec les apparence^ d'une bonne éducalion , il. n'a rien négligé paac se remdre odieux à mes
jeux. • i'o?' :)l.|î ^
M. ï*inel, qui voulait, disait-il, me guérir d'um mal que je n'avais pas, a été peut-être' plus coupable ^ et cela , parce qu'il est dans un âge plus avancé que son ami M. Etienne. Il se charge, dit-on, de la guérison des fous; c'est un pré-
m texte : il s'empare, au contraire , des liommes^, qui ont confiance en lui , et sous les appa- rences du bien il les entraîne dans un précipice. Je n'en veux pour preuve qu'un paragrapliQ que je vais transcrire du Dictionnaire infernal ^ au mot Exorcisme , et qui est ainsi conçu:
M. Languet^ curé de Saint-Sulpice , avait un talent tout particulier pour l'expulsion des^ esprits ténébreux. Quand on lui amenait un possédé , il accourait avec un grand bénitier j qu'il lui renversait sur la tête , en disant : Je, t'adjure, aunom de Jésus- Christ , de te rendre tout- à-V heure à la Salpêtrière , sans quoi je ij, ferai conduire à Vinstant. L'exorcisme opérait , le démon se sauvait à toutes jambes et na. repaj'aissait plus.
Que conclure de ce passage littéralement transcrit y si ce n'est que le curé Langiiet savait^ que M. Pinel ^ médeciii à la Salpêtrière ,, était le chef des farfadets , et qu'il lui adressait tous^ ceux qa'il éconduisait ,du- corps de ceux qui ■yenaient se faire ex^orciser à Saint-Su] pice ?
.M. Çhaix, mon compatriote , n'est-il pas^ encore plus répréhensible que MM. Pinel et Prieur, qui ne m'oint connu qu accidentelle-_ ment. Le misérable a voulu me tromper sous le costume de l'amitié et sous les dehors trom- peurs de la confraternité. C'est lui qui s'est prq-.
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sente sous le masque le plus séduisant , puisque c'était, pour mon bien , disait-il , qu'il voulait m'empêcher de publier mes Mémoires , tandis que c'était pour remplir Ja mission qu'il a reçue des farfadets du Gomtat Venaissin , qui l'ont chargé de venir se concerter avec MM. Pinel et Moreau pour me faire échouer dans mon entreprise.
M. Moreau est connu de tous ceux qui ajou- tent foi à la nécromancie ; c'est lui qui m'a lancé la planète la plus malfaisante , parce qu'il a le pouvoir de le faire dans un moment où on ne se méfie pas de lui. Quoiqu'on ne le prône pas autant que majdemoiselle Lenormand^je crois qu'il est aussi instruit que cette diablesse dans l'art de la sorcellerie.
Toutes les actions de ces quatre farfadets n'ont jamais eu d'autre direction que celle de me placer entre les maiUs de leur grand-maître ou de leur grande-maîtresse ; car je crois que les farfadets femelles ont aussi une directrice qui partage la puissance suprême avec le grand- maître , dont je n'ai pu encore savoir le nom.
Cette grande-maîtresse ne serait-elle, pas par Jiasard mademoiselle Lenormand ? Je ne crains pas de me décider pour l'affirmative , sur-tout si ce qu'on m'a raconté de cette devineresse est exactement vrai. Elle deyine ^ dit- on,
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le temps qu'il fera petadaiit toute une année ; elle pronostique la mort ou la naissance des princes; elle sait si la guerre doit bientôt exercer ses ravages, ou si les bobitans de ce monde jouiront de la paix ; elle dévoile les femmes qui trom- pent leurs maris, elle signale les maris qui trompent leurs femmes ; elle sait si les filleâ qu'on conduit au lit nuptial ont encore leur virginité; elle fait parler ceux qui dorment, elle paralyse la langue de ceux qui voudraient la contrarier. Mademoiselle Lenormand est un démon.
Mais il ne faut pas Confondre les diables avec les démons , dit M. Collin dé Plancjj il y à entre eux cette différence, que lés démons sont des esprits familiers, et les diables des anges de ténèbres.
La compagnie des démons est innombrable , donc elle doit avoir un chef. Vierius^ dans son livre des Prestiges , dit que cette compa- gnie est composée de six mille six cent soixante- six démons, ce qui en élève le nombre à qua- rante-quatre millions quatre cent trente-cinq mille cinq cent cinquante-six.
Quel est le chef des démons masculins ? Je Jie connais encore que sa puissance , je ri'ai Jamais pu apprendre son nom, La gi;and« IL 8
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maîtresse des farfadets féminins , c'est made* irioiselle Lenormand.
Le grand maître des hommes doit être parmi les grands dignitaires de l'empire infernal. Serait-ce Belzébuth, chef ssuprême ? Est-ce Lu- cifer ou Astaroth ? Serait ce Eurinome, prince de la mort , Molock ou Pluton ? C'est un de ceux-là pour l'empire souterrain ; mais pour la terre que nous habitons , la grande maîtrise doit appartenir ou à Etienne Prieur , ou à Pinel, ou à Chaix, ou bien à Moreau. Je les juge d'après le mal qu'ils m'ont fait.
J'ai bien reçu des billets signés Rhotomago , jnais ce Rhotomago ne peut pas être le grand maître des farfadets j il n'est que l'envoyé de la suprême 'puissance infernale ; il est dans la calégorie des quatre cruels que je viens de signaler.
Au reste j que m'importe de connaître le nom du chef de mes ennemis? le général, le caporal , le soldat de leurs compagnies , sont aussi criminels les uns que les autres ; ce n'est pas parce qu'ils s'appelleront Belzébuth ou Plu- ton que je dois Juger de leur scélératesse. 'Etienne Prieur, Pinel , Gbaix et Moreau ont tous les quatre le même degré de culpabilité à mes yeux. Etienne Prieur ne m'a pas laissé un instant de repos, Pinel voulait me soumettre
]ti5 enlièrenient h son génie , Ghaix n'a rîen né- gligé pour me tromper , Moreau s'est fait payer le mal qu'il m'a faiti Si les uns ou les antres étaient mis en jugement , ils seraient condam- nés à la même peine j, on îi'exaiiiinerait pas s'ils sont: chefs ou sujets, ilspériraient tous de la même manière.
Et si j'étais procitreuf-général près la Cour de justice criminelle qui serait chargée de les Juger, voici comment je débiterais mon réqui- sitoire ;
Messieurs les juges , vous devez aujourd'hui prononcer la culpabilité de mes ennemis , voici les preuves qiie je vous administre :
Lorsque j'ai quitté Avignon pour venir à ï'aris, j'ai été extraordinairement tourmenté sans pouvoir en deviner la cause. Je devais dire à chaque instant , comment est-il donc possible qu'ayant quitté mes pénates pour régler, à cent soixante lieues j des affaires de famille , je sois persécuté avec autant d'opiniâtretë?Quedois-je penser"? Ne serai-je jamais tranquille '? Messieurs Bouge, Nicolas, Mesdames Mançot et Jeanneton Lavalelte auraient-ils des complices dans toutes les villes où je voudrais pouvoir éviter leur înagie? Trouvent-ils partout des Prieur, des Pinel , des Chaix et des Moreau ? Contrariez-les dans leurs criminelles démarches en condani*
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îi6 taânt ces quatre accusés à la peine de mort* prieur est coupable de tous les crimes que les farfadets peuvent comtnettre j Pinel est un ins- tigateur , un félon , un méchant ; Gliaix est l'émissaire de tous les raéchans esprits qui le salarient ; Moreau emploie , pour faire le mal , toutes ses connaissances en astronomie et en physique. Ne les épargnez pas , il faut un exemple : que l'exécution de Prieur ait lieu sur la place publique de Moulins pour eflfrajer son père et sa mère, qui m'ont écrit d'un style bien insolent ; celle de Pinel à la porte de la Salpê- trière , oîi il a commis tant de mal ; celle de Moreau sur la place du Châtelet , près de sa demeure , oîi il a fait tant de dupes ; et celle de Ghaix dans le département de Vaucluse, où l'année dernière il a fait périr par un maléfice criminel tous les oliviers qui faisaient la ri- chesse de ce pays. Point de grâce pour les mé- dians , l'impunité encourage au crime, c'est parce que les farfadets ont été épargnés jus- qu'aujourd'hui , que leur nombre s'est multi- plié à quarante -quatre millions quatre cent trente-cinq mille cinq cent cinquante-six mal- faiteurs.
Il est vrai que depuis quelque temps j'ai bien diminué leur nombre par lïies opérations anli-farfadéennes^ mais les peines que j'inflige
117 ne sont pas publiquement exécutées: il faut que- le peuple sache que les farfadets ont encouru la peine de mort , par cela seul qu'ils ont fait lui pacte avec le diable pour persécuter tous les honnêtes gens , et particulièrement les hommes qui , comme moi , ont résisté à leurs affreuses propositions. C'est pour cela que je conclus contre les quatre accusés, à la peine de mort.
Les conclusions que je prends ne sont pas fèites pour m'inspirer la moindre crainte , elles sont basées sur tout ce que j'ai déjà avancé dans mes Mémoires; ce qui prouve jusqu'à l'évi- dence la cnlpabilité des quatre principaux ac- cusés.
Messieurs les juges , lorsque vous serez dans la salle de vos délibérations , prenez , pouc asseoir votre conviction , le livre qui contient le détail des persécutions que j'ai éprouvées , et lorsque vous prononcerez l'arrêt terrible , écriez-vous avec moi : les condamnés^ ont bien mérité leur sort !
Mais sur-tout prenez vos mesures pour que les condamnés ne soient pas soustraits à la peine q^u'ils ont méritée par leurs complices les far- fadets. Pour réussir ils auraient besoin de re- noncer à leur invisibilité , et lorsqu'ils sont lisibles les farfadets ne sont pas redoutables.
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Je les entends s'écrier, en lisant ce chapitre , Yoytz comme M. Berbiguier est méchant , il requiert contre ses ennemis la peine capitale , quand Dieu lui a expressément recommandé de pardonner à ses ennemis ! Gela est vrai ; mais les farfadets ne seraient pas condamnés par cela seul qu'ils sont les ennemis de Berbiguier, mais bien parce qu'ils se sont révoltés contre la vo-^ lonté de ce Dieu dont ils ont affronté la clé- jnence.
Prieur, Pinel , Chaix , Moreau ^ oui , je voua signale comme bien criminels, vous avez abusé de ma patience , vous devez subir la peine de tous vos forfaits, ne serait-ce que parce que, comme hommes, vous êtes de fort honnêtes gens, tandis qu'en votre qualité de farfadetsvous êtes les plus nîechaDS de cette race infernale ^ diabolique et malfaisante.
CHAPITRÉ XXV.
^a famille Prieur est sous l'injluence çhs; planètiS et de la magie noire.
On doit se souvenir que dans nos différens. entretiens avec M. Baptiste Prieur, avant soiS,
119 départ pour Moulins , nous avons souvent parlé «*e la magie noire. Il m'avoua qu'un jour étant à la maison paternelle on invoqua une planète pour avoir de la pluie, et que cette planète les trompa tous en faisant paraître une légion de diables. Je trouvai la chose si su rprenante , que je ne voulus pas le presser de me^donner le détail des moyens que Ton prenait pour faire ces sortes d'opérations que je condam- nais entièrement; je ne voyais pas la raison pour laquelle on invoque des planètes , lors- qu'il n'y avait rien à gagnera celte invocation.
Que peut-on attendre de ces astres raalfai- sans? c'est vainement qu'on les invoque pour la moindre grâce , ils ne sont propices qu'à la race infernale. Aussi j'ai toujours conjecturé que toute la famille Prieur était portée à ap- prouver tous les maléfices des farfadets.
Un jour que je faisais à M. Etienne le récit de ce que son frère Baptiste m'avait dit au sujet de la planète diabolique , il en parut extrême- ment surpris , son visage se décomposa, il de- vint si pâle que je partageai moi-même sa sur- prise, au point que mes traits s'altérèrent comme les siens. Quand nous fûmes tous deux revenus de notre étonnemcnt^ il me demanda instam- ment, et avec une sorte d'intérêt , de qui je tenais ce fait. Je lui avouai franchement que
c'était de M. son frère Baptis£e , qui lîie l'avait raconté. Cécile rendit to,nt-à-fait confus j, il n& sut que répondre. Ce qui me confirma dans me& doutes et me rappela les paroles de M' Baptiste, qui m'engageait 3 avoir toute con- fiance en son frère Etienne. Je yis que lesloups ne se mangent pas entre eux. Ce proverbe ni\ jamais eu de meilleure application,^
Il est bien avéré que lorsque les cliefs d'une famille ne sont pas dignes de la gouverner, elle tombe dans toutes Içs erreurs qui signalent l'époque de soi\ existence. Si toute la famille Prieur est sous Tinlluence de la magie noire , à qui doit- on en attribuer le malheur, si ce n'est au père et à la mère , qui n'ont pas su forcer leurs fils à suivre la route du bien et à marcber sur les traces deshonriêtes gens? C'est par leur condescendance qu'ils ont donné de la consis- tance aux mauvais pençbans de leurs en faps , qui ne leur doivent que la vie. Pourquoi les ont-ils laissés d^ns la capitale , où tous les moj'çns de séduction sont accumulés, où Fliom- me le pliis sage devient parfois libertin, où tous les plaisirs et la facilité de se ruiper se présen-r tent à chaque instant , et où, à moins d'étrç bien sage et bien réservé, on tombe dans un précipice qui n'est ouvert qu'à Paris . et dont on n'a nulle idée en province., pas même dans
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les grands chefs-lieux de préfecture : il faut bien que les enfans s'enrôlent dans le farfadérisme , quand les pères et mères sont fatigués de leur envoj'er de l'argent; alors les reproches, la colère, s'en mêlent, le père veut retirer son fils du gouffre infernal, le fils ne veut passe rendre^ et l'on ne prévoit pas où ce dissident peut les entraîner. Le père tendre et bon devient sévère et dur; l'enfant respectueux et soumis devient indocile et dénaturé ; il s'associe avec les satel- lites de Satan , parcourt les lieux de débauches et devient un vrai gibier de potence ou da galères.
Il est bien fâcheux qu'il n'y ait pas de lois plus sévères contre les enfans qui méconnais^ sent la puissance paternelle. Si j'étais au nombre des législateurs de la France , je proposerais au gouvernement de faire bâlir ou de consacrer quelques bâtimens pour receler les enfans pro-^ digues , et oii on leur infligerait les supplices qu'éprouvèrent les filles de Danaiis, qui ne fu-^ rent pas assez soumises à leur père , puisque l'une d'elles ne voulut pas sacrifier le farfadet qui devait lai donner la mort ; car on ne m'a jamais fait croire que la punition des Danaïdes ait eu pour cause la soumission de celles qui exécutèrent la volonté de leur père. Elles ne furent précipitées dans les enfers quç parce
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qu'elles ne purent pas vaincre la résistance de leur sœur récalcitrante qui avait épousé Lvncée,
M. Prieur père ne doit donc pas être surpris des réflexions que sa conduite m'a suggérées ; je réponds qu'il n'aurait pas été si malheureux , s'il avait mieux su faire respecter sa puissance.
Les anciens, qui, sous tous les rapports, étaient plus justes et plus Sâvans que nous ne le sommes , avaient conféré au père le droit de vie et de mort sur son fils. Pourquoi a-t-on laissé tomber cette loi en désuétude? C'est parce que les farfadets, qui se sont immiscé par- tout , sont parvenus a s'introduire dans les con- seils des princes. Ils ont craint que par ana- logie les souverains, qui sont les pères de leurs peuples, ne condamnassent à mort tous les démons désobéissans ; et c'est de ce moment que tous les malheurs qui nous ont accablés ont fondu sur notre terre de tribulation.
Dieu de bonté , Dieu de rtiiséricorde , cessez d'être bon et miséricordieux pour les enfans dénaturés ! inspirez h ceux qui nous donnent des lois toutes les dispositions pénales qui for- meront le code dans lequel seront inscrites toutes les peines encourues par les fils déso- béissans.
Je veux me permettre ici d'énumérer quel- ques-unes des peines que je voudrais voir in-
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fliger aux enfans qui méconnaissent la voix de leurs père et mère.
Celui qui, dans sa tendre jeunesse , n'irait pas à l'école, serait puni par la privation de son déjeûner ; celui qui commencerait à faire ses classes ne dînerait pas , s'il ne faisait pas son devoir; celui qui serait parvenu à sa troisième jusqu'à la rhétorique j serait emprisonné pour trois jours , s'il était récalcitrant aux bons conseils.
Mais lorsqu'on serait sorti du collège on serait traité plus sévèrement. L'enfant dissipé serait mis sous la surveillance d'un tuteur inexorable ; celui qui ne cultiverait pas les principes qui lui auraient, été donnés dans un séminaire serait entermé dans un noir cachot ; la peine de mort ne serait infligée qu'à celui qui se serait enrôlé dans la compagnie des farfadets. Il ne faut être réellement sévère que contre ces mi- sérables, qui sont les provocateurs de tous les délits et de tous les crimes qui se commettent sur la terre.
Alors la magie noire serait comprimée , l'effet des planètes ne serait plus dangereux , les eu- fans seraient obéissans à leurs pères et mères, ^t aux maîtres de pension à qui on confie leur éducation.
Qp ^e verrait plus la présomption être l'apa-^
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liage de la jeunesse, les conseils et les exemples, delà vieillesse seraientsuivis, et le monde, qui de Jour en jour tombe de plus en pkis dans un état d'avilissement j reprendrait cet équilibre qu'il avait autrefois , et qu'on ne lui rendra que lorsqu'il n'y aura plus tant d'avarice , de cupi- dité et de volupté parmi les enfans du Dieu des chrétiens , qui pourtant , pour leur tracer lai route du bien, leur avait envoyé son fils bien"» aimé qui mit en pratique sur la terre tout ce qui constitue la vertu.... La vertu ^ entendez- vous bien , enfans de la magie noire? vous avez rayé ce mot de votre dictionnaire infernal et planétaire.
CHAPITRE XXVI.
Les Faifadets se plaisent à enlei^er les effets et bijoux de ceux qui sont en leur puissance.
J'ai déjà dit comment ma tabatière me fut volée en rne promenant au Palais-Royal. J'eus à ce sujet une conversation avec M. Papon Lo- mini , qui me demanda si M. Etienne me Tàvait rendue. Sur ma réponse négative , il me parut surpris de cette mauvaise plaisanterie. Heupeu-
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semetit, dis-)e^ que ce n'était paà ma tabatière! d'or^ que par un effet du hasard je n'avais pas sur moi , car je prends indifféremment l'une ou l'autre. — Et voire boucle de jarretière ^ Vous la-t-il rendue ? — Oh ! pour celle-lk , oui. Monsieur ; mais elle m'est revenue bien sin- gulièrement, car après l'avoir demandée par écrit à M. Prieur aîné , je l'ai retrouvée le len- demain sur mon assiette /oïl je suis bien sûr qu'elle n'avait jamais été placée , puisque je ne la retirais jamais de la jarretière de ma culotte, oîi toujours elle était très-bien bouclée* Votre cousin est très-habile , je vous assure. — Gom* ment?— Vous savez que quand je rentre je défais mes boucles et ensuite les épingles de mes cheveux , que je les place toujours dans un endroit très-sûr, et que le lendemain il manque toujours quelque chose. — Qui donc vous les prend , je vous prie? — - Celui qui a eu le pouvoir de m'abîmer ma tabatière d'or, celui qui ne craint pas d'être le disciple de Satan , celui qui est l'auteur criminel de tous .les évé- nemens dont je me suis plaint jusqu'à ce jour, le maître des apparitions j, celui qui éteint les lumières par le vent farfadéen , le fantôme noc- turne qui s'introduit dans mon lit, le cabrio- leur invisible et subtil que je n'ai jamais pu
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attraper depuis que je lui fais la guerre ; le voleur de plusieurs pièces de monnaie , prises dans ma poche, dans un moment où je n'aurais pu moi-même y introduire la main , et qui m'a Touîu épargner le soindelesdépenser; celui qui a assassiné mon Coco; celui qai ne m'a pas laissé un instant de trêve depuis que j'ai eu le malheur de le connaître ; celui que vous auriez dû fuir comme la peste. Je Yousprie de me dire , Mon» sieur, ce que vous pensez de cek ? — Je pense que vous devez avoir une bonne tête pour vous ré- signer ainsi à tant d'atrocités et pour résister k tant de mauvaises plaisanteries.— Il faut croire que Dieu a voulu que tous ces malheurs m'arri* vassent pour sortir l'univers du chaos oîi les far* fadets Font précipité. Mes semblables sauront; maintenant que cette race infernale s'appro? prie ce qui ne lui appartient pas. Le proprié* taire quisera volé n'accusera plus sadom?sliquÉ5 d'être l'auteur de la soustraction ; le voyageur qui sera dépouillé sur la grande route ne fera plus planer les soupçons sur les habitons du village voisin du lieu du crime. Tout le monde saura qu'il n'existe plus que deux puissances, celle du bien et celle du mal; que tout ce qui est bien devra être attribué à ce Dieu des chré- tiens qui m'a peiit-êlre désigné pour être le ré?
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Velateur des crimes de ses ennemis , et que tout ce qui est mal ne peut être Touvrage que des farfadets.
Je ne puis pas prononcer ce mot sans éprou- ver des crispations de nerfs ; je voudrais bien n'avoir plus à le prononcer que lorsqu'il me serait permis , dans le transport de ma saints indignation , de m'écrier : Les Jaifadets sont morts ! les farfadets sont détruits ! les f ai fa- dets sont vaincus ! lesfarfadets ont été rejoindre leur grand-maître ! Amen , amen , amen !
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CHAPITRE XXVIL
Ce nest que lorsque fai été forcé de le faire , que f ai fait connaître les noms de mes en- nemis les plus cruels.
Le lecteur qui aura lu mon livre et qui aura connu mon caractère de franchise et de bonhomie , sera tout étonné de ce que j'écris contre tant de personnes qui jouissent dans le monde d'une réputation fort honorable. Mais quand par des faits certains j'aurai convaincu le public que cette réputation ne leur est mé- ritée que comme citoyens honnêtes, lorsqu'ils- ne sont pas dans leurs fonctions farfadéeunes ,
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et que tout ce qu'il y a de plus infâme est exé- cuté par eux lorsqu'ils sont métamorphosés ; quand j'aurai prouvé l'existence du gouverne- ment infernal dont ces Messieurs sont mem- bres , chacun dans des grades différens , puis- qu'ils se sont accordé des dignités à l'instar de celles qui sont honorablement distribuées sur la terre par les rois qui régnent par la grâce de Dieu et pourle bonheur des peuples; quand j'aurai dévoilé toutes ces vérités, le voile qui couvre les jeux d'un public confiant tombera de lui-même ^ les amis de la vérité et de la franchise me rendront justice entière et né me soupçonneront pas de faire parler la haîne contre des gens que tout le monde doit ab- horrer lorsqu'ils sont invisibles.
J'ai dép parlé de la cour de Bekébuth et de tout ce qui la compose , j'ai cité ses satel- lites qui courent sur la terre pour faire des victimes qu'ils sacrifient à leur infâme maître ; je dois encore avouer qu'outre la grâce que Dieu m'a faite de les connaître et de les distinguer facilement des autres hommes quand ils sont visibleset palpables , j'ai augmenté ma science par la lecture du dictionnaire infernal , qui a achevé de m'instruire de toutes les institua tions de cette cour.
Les personnes qui voudront s'instruire comme
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moi , dans la coniiaisscince et l'origine des fafar- dets. verront, par la lecture de ce Dictionnaire,, les preuves de tout ce que j'avance; mais ils n'y verraient pas tout ce qui est relatif à mes ennemis particuliers , que j'ai déjà nommés comme farfadets, et qu'en cette qualité je ne dois pas craindre de faire connaître à l'univers entier.
Je reviens à MM. Papon Lomini et Arloiny qui logeaient dans le même hôtel que moi, et qui m'ont aussi abuse par des promesses toutes plus fausses les unes que les autres, en feignant de blâmer devant moi leurs amis ou parens y avec lesquels ils étaient d'accord pour me tour- menter. Je ne veux pas parler d'eux bien longue- ment : depuis très-long - t€mps je n'ai eu de leurs nouvelles, peut-être sont ils fâchés de ce que je ne les ai pas prévenus qu'ils figureraient dans m.on livre. N'ai-je pas autant h me plain- dre d'eux que des autres agens des puissances infernales ?
Il n'en est pas de même de M. Etienne Prieur, je ne Fai vu que trop souvent ; il m'a- vait persécuté avant même de me connaître , puisqu'il me rapportait mot à mot tout ce qui m'était arrivé à Avignon. Et c'est si vrai , qu'il m'avoua ne rien ignorer de mes aventures , pas même la discussion que j'eus avec un Mon* il» 9
i3o sieur qui sollicita et promit une somme de cent francs à celui qui me ferait tomber au pouvoir de la Mançot et de La Valette , afin que ces mégères me fissent éprouver tout le mal qu'elles ont la fiiculté de procurer, et qui sert, aujourd'hui de motif à ma juste indignation. Je fus très - surpris d'apprendre qu'il savait tout cela s et je convins que le fait était vrai , si ce n'est qu'au lieu d'un Monsieur il y en avait deux. J'ajoutai qu'il fallait être aussi atroce que Belzébuth pour m'avoir joué un tour aussi abominable , car sans le respect que j'ai pour des personnes que je pourrais compromettre , j'entrerais dans des détails affreux contre les deux mégères de qui j'ai tant à me plaindre.
Que peut-on imaginer de plus noir que le trait suivant? Lessjbilles surent que des affaires de famille m'appelaient à Paris et qu'elles ne pour- raient plus me tourmenter à Avignon : elles dépêchèrent et expédièrent une procuration à BI. Moreau , pour faire contre moi tout ce que leur malignité ne pouvait plus exercer en raison de mon éloignement. C'est par leur ordre que M. Chaix vint me voir et me dire qu'il savait que je faisais un mémoire contre ses amis, et que MM. Pinel et Moreau en étaient instruits; qu'ils consentaient à me rendre la liberté , et qu'ils se concerteraient pour cela avec mes
ï3i «nnemis d'Avignon , si je voulais consentir à' ne nommer personne dans mes écrits Eli ! Monsieur, lui dis-je , de qui parlerai-je donc > si je n'ai pas le courage de nommer les auteurs de mes maux? si MM. Pinel et Moreau sont de vos amis j ce n'est pas une raison pour que je ne les nomme pas. Je ne dois avoir aucune préfé- rence pour qui que ce soit ; en nommant les uns, mon devoir est de nommer les autres.
Qui peut trouver mauvais que je me plaigne de la malice de certaines personnes qui m'ont placé sous l'influence des planètes du mauvais temps? Peat-on être surpris de ma témérité , lorsque je dévoile une chose sur laquelle tous les hommes éclairés par les lumières du ciel et de la terre n'ont encore pu parler que très-impar- faitement? Moi, qui depuis plus de vingt ans suis sous la domination des sorciers et des magiciens; qui suis à un tel point familiarisé avec leurs di- vers travaux , que je distingue très-facilement toutes les planètes que l'on fait agir sur moi, lorsqu'on me change d'un pouvoir à un autre ,. je garderais le silencel non , M. Chaix ; non ,, mon cher compatriote , je ne vous obéirai pas sur ce point. Tous mes cruels ennemis seront désignés nominativement dans mes mémoires s qu'ils habitent Paris ou Avignon , qu'ils soient en France ou dans les pays étrangers, ils auront
riionneur d'être signalés ea leur qualité de far^ fadets. Ce n'est qu'en cette qualité que je les attaque. Je sais, comme j'en ai déjà fait l'aveu dans ma préface, que, comme citoyens, ces indi- vidus sont très-respectables ; mais ils ne le sont pas comme disciples de Satan.
Vous-même. M. Chaix , vous êtes un fort brave homme, lorsque vous êtes visible à mes yeux 5 l'administration générale des postes, qui à employé vos services pendant très-long-temps, rend j ustice à votre probité et à votre exactitude; vous étiez un fort bon messager terrestre ; mais vous êtes un méchant émissaire deBelzébuth. Comme homme je vous respecte, comme far- fadet je vous méprise. Je voudrais qu'au lieu de faire périr nos oliviers, vous vous fussiez réuni aux honnêtes gens , pour prier Dieu de nous conserver tous les biens de la terre.
Voilà pourquoi il est nécessaire que mes en- nemis scient désignés nominativement. La mission que j'ai reçue de Dieu ne doit être arrêtée par aucune considération. Je l'ai ac- ceptée, et je dois la remplir. Vos menaces ne m'intimideront pas j je suis résigné à toutes les souffrances qu'il vous plaira de commander contre moi. Je répondrai à votre cri de guerre par un cri de vengeance j et dussiez-vous par- venir à m'arracher cette vie que j'ai consacrée
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à notre Rédempteur, vous serez nommé dans mes mémoires. Vous de vriezavouer vous-mêmes que j'ai des raisons assez puissantes pour ne pas changer de résolution. Soyez le messager de Belzébuth tant que cela vous sera utile; mais ne cliercliez pas à me détourner de la route du. bien, que je suivrai malgré vous , en désignant aux princes de la terre ceux qui ont consenti à devenir les sujets des princes de Tenfer.
CHAPITRE XXVIII.
Jeanneton Lavalette , ta Mançot , sont mes. premiers persécuteurs.
Pourquoi faut-il que je sois obligé de parler si souvent de Jeanneton Lavalette et de la Biancot? Ces créatures maudites me firent con- sentir malgré moi à les écouter, nie persua- dèrent que je n'avais rien à craindre de leur part, qu'elles me donneraient toutes les con- naissances dont je pourrais avoir besoin pour sortir de ma triste situation; mais elles n'ont jamais cherché qu'à nie tromper. Tout ce qu'elles me disaient était mensonges , et je m'en apercevais au vent qu'eîle|»^ suscitaient, et qui était si violent, qu'on pouvait craindre de voir renverser tous les édifices.
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"Uii Jour qu'elles opéraient contre moi_y le temps était si obscur , qu'on ne remarquait le soleil que comme s'il eût été entouré d'une épaisse fumée. L'inquiétude extrême que ce phénomène me donna , me fit demander à ces deux femmes pourquoi nous étions tourmentés par un vent si horrible et un temps si affreux. Loin de chercher à me consoler par des paroles sages et prudentes , elles me dirent que ce temps était nécessaire pour leur travail. Je fus très- surpris d'une pareille réponse; mais ce que je puis assurer , c'est que , par les moyens qu'elles prirent, huit jours après tout fut résolu, et je fus décidément en leur pouvoir.
J'ai déjà parlé , au commencement de mon livre, de mes persécuteurs d'Avignon , je veux en parler encore, cela fera diversion. Je laisse un instant en repos MM. Pinel,, Moreau , Prieur et Chaix; ils seraient trop glorieux si je ne m'occupais que d'eux.
M. Guérin , médecin à Avignon , que je fus consulter pour me tirer de la griffe de mes deux premières mégères , fut , ainsi que j'en ai déjà fait l'aveu , beaucoup trop honnête homme pour m'abuser. Il me dit qu'il ne se croyait pas assez de talent pour me guérir ; mais qu'il me con^ seillait de renoncer aux opérations des deux farfadettes , pour ne donner ma confiance qu'à
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son confrère M. Nicolas , aussi médecin de la ville d'Avignon.
Je ne rappelle ce fait que pour rendre justice à la prudence de M. Guérin. wSi tous les hommes étaient aus&i sages que lui , on ne verrait pas autant de charlatans et de magiciens. Les Pinel ne jouiraient pas de la réputation qu'ils onfe usurpée; ils ne feraient pas répandre parleurs trompettes salariées, qu'ils sont assez instruits pour guérir les fous ; ils auraient la bonhomie d'avouer qu'il n'y a pas de fous sur la terre , mais des malheureux qui sont au pouvoir des far- fadets. Mais non , il y a un pacte entre les per- sécuteurs et ceux qui se disent en état de guérir la folie. Les persécuteurs enlèvent les facultés intellectuelles de Thomme qu'ils croient riche; les prétendus médecins lui vident la bourse et lui font croire ensuite qu'ils l'ont guérie Par un accord bien concerté les farfadets ne vont plus persécuter celui qui a bien payé les esculapes de leur compagnie y et les émissaires de Belzébuth répandent dans la capitale que M. Pinel a guéri un tel Monsieur qui était £bu. La réputation de ce méchant s'accroît ^ et tout le monde s'écrie : M. Pinél est bien ins- truit pour guérir de la folie. Je ne répéterai pas ce cri mensonger, je dirai, au contraire, que si M. Pinel était de bonne foi , il aurait
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îniité M. Nicolas d'Avignon , qui ne voulut pas se donner pour plus savant qu'il ne l'était réellement.
Il est donc maintenant bien reconnu que le véritable moyen de guérir les prétendus fous qu'on rencontre sur notre terre , c'est de dé- truire les farfadets. M. Pinel se serait bien gardé d'indiquer ce moyen : il n'est jamais entré dans sa pensée de vouloir se détruire lui-même.
CHAPITRE XXIX.
Je suis sous V influence de la grande Ourse et de plusieurs F ai fadets femelles.
Tenons parole et laissons un moment M. Pinel pour revenir à M. Nicolas , que j'avais consulté d'après l'avis de M. Guérin.
M. Nicolas n'était pas aussi délicat que M. Gué- rin , il s'associa à M. Bouge , et me mit , comme on sait , sous l'influence de la grande ourse. Il disait à son complice , qui s'opposait à cette conjuration j que la grande ourse était la pla- nète qui convenait le mieux à ma situation et à Bîon caractère.
Mais comme je ne devais pas rester à Avi"
1Ô7 gnon , ils envoyèrent une procuration a Mes- sieurs les plus fameux physiciens , sorciers ou magiciens de Paris. Ils virent qu'il était néces- saire de s'adresser pour cela à des procureurs fon- dés qui étaient agrégés à la société farfadéenne. Le plus grand des hasards me conduisit chez l'un d'eux, oîi j'appris cette vérité terrible, que je lui appartenais. Je fus très-scandalisé de cet aveu , moi qui ne voulais appartenir qu'à Dieu et non aux hommes. Le physicien travailla alors pour me mettre sous l'influence d'une nouvelle planète ; je ne pus rien comprendre à son tra- vail, et je profitai d'un moment favorable pour me mettre à l'abri de ses vexations.
Malheureux, je devais faire ensuite la connais- sance de madame Vandeval , sous la planète de laquelle je ne fus pas plus heureux. C'est alors que je fus consulter les principaux ministres de TEglise métropolitaine de Paris, qui crurent me bien servir en m'adressant à M. Pinel , suri e compte duquel ils avaient été eux-mêmes trompés.
La planète sous laquelle ce docteur me plaça ne s'est signalée que par des tourbillons de vent et un soleil très - pâle. Je fus plus cruellement tourmenté sous sa domination que je ne l'avais été jusqu'alors ; mais il était écrit que je devais aller de malheur en mal-
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Leur; je tombai de Carybde en ScjUa. M. Pineî fut remplacé par M. Etienne Prieur , ce farfa- det cruel duquel je ne puis trop parler et duquel j'avais d'autant plus lieu de me méfier, que j'avais cru récompenser sa prétendue amitié par des services dont il doit se souvenir. Je ne fais ici ce résumé de toutes les souffrances que j'ai éprouvées en arrivant à Paris, que pour pou- voir motiver les réflexions que je fais toutes les fois que les noms de mes divers persécuteurs terrestres viennent se présenter à ma mémoire. Je ne puis momentanément mettre un terme à mes malheurs qu'en jetant un coup-d'œil sur les vissicitudes humaines.
A combien de maux les hommes ne sont-ils pas exposés sur cette triste terre par la mali- gnité des physiciens et des farfadets ! Les sou- verains de la terre vont bientôt savoir, par mes révélations surprenantes, que tous les malheurs qui assiègent l'humanité nous sont envoyés par la race infernale. C'est dans la dévastation que les farfadets trouvent leurs délices ; aussi sont-ils la source de tous les vices j des haines, des vengeances , et même des divorces , pour lesquels ils servent de témoins scandaleux. C'est par eux que nous vient la dépravation des mœurs , la corruption des enfans en bas-âge ; ils versent dans le cœur de l'homme le venin.
de la férocité ou le germe de la cruauté ; par eux les nations se décident à se faire la guerre sans éprouver la moindre peine à s'entr' égorger, leur cruauté ou leur rage n'est assouvie que lorsqu'ils ont porté le fer assassin dans le cœur des mères de famille et qu'ils ont fait périr à leurs yeux les fruits d'un innocent et chaste amour. Quel spectacle d'horreur !
Peut-on imaginer des crimes plus atroces que de détruire le germe de la génération en assas- sinant la mère et l'enfant ! Le massacre des innocens , dont Hérode fut l'arbitre , n'offre rien de si cruel , car il n'assassinait que les en- fans, tandis que les cruautés farfadéennes s'exer- cent sur tout ce qui a reçu l'existence le jour de la création. Pauvre Coco ! tu en es une preuve ! quoique j'aie annoncé ta mort , je n'ai pas renoncé à faire connaître tout ce qu'on t'a fait souffrir.
CHAPITRE XXX.
Les Farfadets ont du pouvoir sur la terre , sur Tonde et dans les airs : ils ne parviendront pas à me soumettre à leur puissance.
Les farfadets étendent leur horrible pouvoir partout oii ils trouvent le moyen de tourmenter
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les hommes : dignes émissaires de la puissance infernale, ils ne craignent pas de se mettre à la piste des voyageurs sur mer pour faire à leur gré mouvoir, agiter les vagues , effrayer l'équi- page d'un bâtiment , et Fépouvanter au point qu'il lui est impossible d'en diriger le gouvernail. De-là lesnaufrageSj les tempêtes, la mort, et la perte de toutes les richesses qu'on a cru pou- voir confier à la merci des flots ; par suite , les ruines des négocians , les banqueroutes , les faillites , les cessations de paiemens , la tristesse des femmes , des enfans ou des parens âgés , qui par ce revers affreux se trouvent plongés dans l'état le plus déplorgible.
Ces ennemis de l'espèce humaine sont tel- lement inexplicables qu'on n'a jamais pu savoir s'ils sont plus puissans dans les airs que dans l'eau ou sur la terre. Aussi ont-ils employé tous les élémenspour me soumettre à leur autorité : ils croyaient par ces moyens pouvoir faire ma conquête j et ils se sont trompés; malgré leurs affreuses persécutions , leurs ruses, leurs vexa- tions continuelles et tous les moyens qu'ils ont ^ employés pour me forcer à leur demander grâce n'ont servi qu'à me mettre en garde contre eux; ils ont eu beau faire , tous leurs efforts ont été inutiles. Je ne veux pas me soumettre a leur loi. Je n'imiterai pas ces gens qui , dans un moment
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désespéré, s'écrient clans l'accès de leur délire coupable, J'aimerais mieux me donner au diable que de souffrir ou faire cela ! Non , jamais ces expressions ne sont sorties et ne sortiront de ma bouche. J'ai déjà souffert assez : je me suis plaint avec raison , mais jamais je n'ai proféré aucun blasphème. Ma position est triste , sans doute , mais je n'ai pas le désir d'en sortir pour me damner; ce serait un trop grand sacrifice pour moi que de changer tout-à-coup les prin- cipes dont je me fais gloire ^ et qui me soutien- nent dans le chemin du salut. Les monstres ont pu subtiliser ma bonne foi ; mais ils ne cor- rompront nullement mon cœur, je n'oublierai jamais les principes religieux qui doivent me conduire au ciel. Plutôt que de me soumettre à Satan , j'aimerais mieux , s'il le fallait , mourir à l'instant , que de consentir à me rendre l'apô- tre de la magie noire.
Que les farfadets volent dans les airs , qu'ils marchent ou qu'ils courent sur la terre , qu'ils nagent dans la mer ou dans les rivières , je ne cesserai^ dans aucun temps, d'être leur ennemi implacable. Je reconnais leur pouvoir infer- nal, je sais qu'à l'aide de leur science diabo- lique ils peuvent me faire encore beaucoup de mal ; mais je dirai avec le poète :
Que peut conlrele roc une vague animée ?
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Je suis le roc , toutes les vagues les plus fa» rieuses viendront échouer conlre mon inébran- lable volonté. J'ai peut-être encore trente ans à rester sur cette terre de tribulation , je dois Bie résigner à soufifrir pendant ces trente an- nées plutôt que de renoncer à la jouissance éternelle , a la satisfaction de me trouver à côté des saints et des anges , au bonheur de con- templer Dieu le père , son fils Jésus-Christ, et le Saint-Esprit , qui doit toujours planer sur la tête des apôtres sans avoir b( soin mainte- nant de prendre la forme d'une langue de feu.
Farfadets, persécutez-moi_, versez mon sang, le sang des martyrs est la semence de La foi.
CHAPITRE XXXI.
Le désir de connaître quel est le grand-maître des Farfadets me passe souvent par la tête»
Je voudrais bien savoir quel est le chef su- prême de cette puissante et invisible armée, qui n'est encore connu que des chefs des cohortes qu'il envoie sur la terre pour se joindre à ceux qu'ail a eu l'adresse d'enrôler sousses étendards. Ne serait-ce pas M. Pinel , qui m'a fait tant de
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mal ; Moreau, qui a une si grande réputation de sorcellerie; Nicolas ou Bouge, qui sont mes pre* miers persécuteurs ? Mais tous ces misérables n'ont d'empire que sur leurs malheureux conci- toyens. Ce doit être l'Antéchrist qui fut annoncé parle Seigneur, qui a révélé que cet Antéchrist viendrait à la fin des siècles pour tourment&r les hommes , les porter à tous les excès , afin qu'ils ne fussent pas dignes d'obtenir le pardon que Dieu nous a promis pour le jour du juge- ment dernier.
Oui, c'est cela; misérables magiciens, je vous ai devinés , vous êtes les soldats , les émissaires de l'Antéchrist : votre puissance est grande , sans doute ; mais crojez-vous que ce chefpuisse vous aplanir la route de la réconciliation avec Dieu? croyez-vous que son génie , qui ne s'est jamais exercé que dans l'art de faire du mal , puisse dans aucune circonstance vous sous- traire à la vengeance céleste ? Quelle folie ! Quels que soient les crimes que vous méditiez pour frapper vos victimes et vous assurer de la victoire, vous n'y parviendrez jamais. Vils insensés , considérez votre origine : de quoi vous êtes- vous formés ? Du rebut de la société. Ne vous souvient- il plus que Dieu vous fit rentrer sous terre , parce que votre aspect era« poisonnait sa demeure céleste ^ qu'il voulut
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conserver pure? Vous n'êtes qu'un ramas d'âmes perverses incapables du moindre bien et cou- pables de tous les forfaits. Quels sont les attri- buts de votre chef, sur lequel vous fondez vos espérances ? Le ravage , la désolation , le mal- heur, le crime , voilà ses exploits ; ils sont tous affligeans. Vous êtes les ennemis d'un Dieu bon qui a créé toutes choses, excepté votre race infernale ; qui est connu , révéré et adoré de tous les êtres sages, qui n'hésitent point à croire qu'il y a un Être suprême ; qui croient que sa toute-puissance infinie se manifestera pour tous ceux qui l'auront servie tandis que vous n'avez qu'à vous résigner et à vous préparer aux plus rigoureux des supplices, celui que mérite l'ou- trage que vous avez fait à ses bontés.
Vous connaissez à fond mes sentimens , que prétendez-vous de moi ? renoncez à l'espoir de me séduire. J'ai protesté devant Dieu et devant les hommes que je me révoltais entiè- yement contre votre domination, que je pré- férerais recevoir de vous des meurtrissures j le poison , le fer de l'assassin , enfin toutes les souffrances imaginables, plutôt que de me rendre à vos vœux. Je ne puis pas trop vous répéter cette profession de foi . car dussé-je passer pour prolixe et entendre dire par mes lecteurs que toutes mes imprécations sont des réminiscences,
i45 ]e n'en poursuivrai pas moins le plan que je me suis tracé. Il n'y a qu'une seule route pour ar- river au bien. Vous voudriez peut-être me voir cracher du sucre , quand vous me faites avaler du fiel? Marchand qui perd ne peut pas rire. Vous m'avez fait perdre le repos : l'or ne lui est pas comparable. Vous voudriez peut-être que j'eusse la douceur de l'agneau ; et, parce que vous êtes des loups , vous exigeriez que je me ployasse à vos volontés ^ pour éviter d'être dé- voré par votre dent vorace ! Mangez-moi, dé- chirez-moi , mettez-moi en lambeaux , vous ne m'empêcherez pas de me plaindre , vous ne m'empêcherez pas de faire ma gloire de vous avoir résisté.
CHAPITPvE XXXIL
M. Pinel s' est fait peindre en farfadet montant dans les nuages. Traits caractéristiques de quelques-uns des esprits injernaux. Ils ont emplojé plusieurs mojens pour pou^^olr m* ac- cuser de folie.
Lorsque je fus consulter le méchant M. Pi- nel , je le vis représenté sur un tableau , peint II. lO
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de grandeur naturelle et placé sur un nuage qui le rendait semblable à un saint qui monte au ciel. Ceux qui ne connaissent pas ce farfadet peuvent se méprendre en le voyant ainsi ; mais moi , qui connais l'histoire et les pouvoirs du farfadérisme , je vis tout de suite que ce doc- teur sorcier s'était fait peindre au moment oîi il se transporte dans les nuages , comme les ma- giciens qui vont d'une planète à l'autre pour exercer tous les forfaits dont ils se rendent tous les jours coupables. M. Prieur m'a dit dans toutes les conversations que j'ai eues avec lui , que j'avais bien jugé le sens allégorique du tableau, il s'extasiait devant mes connaissances, lorsque je lui faisais part de mon interprétation; tant il est vrai que ceux qui marchent sur la route du bien sont^ à défaut de connaissances acquises, inspirés très-souvent par la divinité.
M. Prieur m'avoua encore que le fils de M.Pinel aurait les qualités de son père , ce qui m'apprit que ceux qui font partie de cette in- fernale et méprisable société^ transmettent à leurs enfans leur cruel et ignoble héritage ; que pour cela ils n'ont qu'à consentir à ce que le diable, qui veut pouvoir reconnaître ses sa- tellites , les marque d'un signe distinctif entre les deux cuisses.. Quant à moi _, je voudrais que Dieu leur fît aussi un signe ir le fronts afin
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qu'ils fussent connus de tous ceux à qui ils ins- pirent de riiorreur .
Ceux qui voudront consulter le Dictionnaire infernal, qu'il est facile de se procurer, seront convaincus de la vérité des faits que j'avance ; ils m'ont été tous confirmés par mes persécu- teurs , et c'est la plus forte raison qui m'a dé- cidé à faire ce Mémoire, qui doit me justifier aux yeux des honnêtes gens, dont je veux con- server l'estime , puisqu'il m'offre souvent l'oc- casion de faire des réflexions telles que celle-ci :
Dieu seul nous donne avec le principe de la vie le bonheur de la liberté et le désir de con- server l'une et l'autre ; lui seul a donc le droit de nous en priver : cependant les farfa- dets ont usurpé sur ce point une puissance qui îie leur appartenait pas et qui ne peut leur appartenir.
Ah î puisque ces monstres d'infamie ont des correspondans et des ambassadeurs, j'espère que Belphégor , reconnu pour tel en France , voudra bien instruire son souverain maître des résolutions d'un mortel qui a pris le parti iné- branlable de rester fidèle h son Dieu et à la loi que le Créateur a dictée pour le bonheur de l'humanité; que si je me suis déterminé à faire un Mémoire de tout ce que j'ai souffert depuis tant d'années , ce n'a été que pour ouvrir les
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i48 yeux à tous les rois et à tous les gouvernement, pour qu'ils fassent des lois contre ces abomi- nables farfadets , à qui il faut ôter les moyens de continuer leurs ravages en sauvant par leurs secours un grand nombre de victimes , qui ne savent pas , comme moi , à quoi attribuer la cause de leurs maux.
Je suis bien aise d'avouer au public que dans les diverses souffrances que j'ai éprouvées j'étais extrêmement affligé ; mais que toujours j'avais conservé mon bon sens. Ne voilà-t-il pas que tout- à-coup je perdis connaissance au point d'oublier que j'existais. Cependant , je n'ai pas été long- temps à trouver la solution de ce maléfice , je me suis dit, qu'attendu que ceux contre lesquels j'écris sont physiciens ou sorciers , ils ont la science diabolique de connaître ce qui peut in- fluer sur le corps humain , soit par des médi- camens , soit par des infusions planétaires : il entre sans doute dans leurs attributions de pouvoir glisser de la poudre farfadéenne dans les alimens, ou défaire des changemens de pla- nètes pour faire perdrela tête à ceux qu'ils ont envie de tourmenter. C'est ainsi qu'ils empê- chent les plaintes de ceux qu'ils persécutent et qu'ils trouvent commode d'accuser de folie.
Je conviens qu'ils m'ont plusieurs fois procuré des accès d'indignation si violens, que je n'étais
i49 pas capable de me reconnaître moi-même. Une personne d'un rang distingué , qui me vit dans cet état délirant, voulut me persuader de me mettre dans une maison de santé pour me faire guérir. Elle n'osa pas qualifier ma maladie ; mais je sus discerner qu'elle me prenait pour fou. Elle aurait pu parler sans détours , je ne lui en aurais pas voulu. Je l'assurai que cet état n'était pas naturel chez moi , qu'il n'était que l'effet mo- mentané d'une opération des magiciens ou sor- ciers, qui voulaient m'ôter les moyens de parler contre eux , en donnant à mes discours un air et un ton de divagation , croyant que parce moyen ils empêcheraient qu'on ajoutât foi à tout ce que je dois consigner dans mes mémoires.
Qu'on juge maintenant des dangers que les hommes courent journellement sur la terre. Tel qui croit , parce qu'il a fait mettre sept à huit livres de bon boeuf dans son pot au feu, man- ger une bonne soupe, qui est exposé à avaler de la poudre farfadérisée que ses ennemis ont fait fondre dans son bouillon, comme si c'était du selj tel qui croit manger un ragoût bien assaisonné, qui ne se nourrit qu'avec le coulis diabolique , qui peut avoir un excellent goût, mais qui n'en est pas moins pour cela un poison lent qui fait circuler dans ses veines ce feu dé- vorant qui le tourmente et qui lui procure les
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accès dont je viens d'entretenir mes lecteurs. Mais , me disait un homme d'esprit a qui j'avais fait ces confidences avant de les écîiire , s'il est vrai que les farfadets aient le pouvoir d'introduire dans nos alimens leur poudre far- ladérisée ou leur coulis diabolique , pourquoi n'y introduiraient-ils pas , de préférence , de l'arsenic, qui les délivrerait, à l'instant même, des mortels qui ont su résister , comme vous l'avez fait , à leurs propositions insidieuses ? Ma réponse prouva à l'audacieux qui osa me pousser un pareil argument , que très-souvent les hommes d'esprit ne sont que de véritables bêtes. Voici ma réponse : — Vous croyez me mettre en défaut par votre observation pleine de malice : vous me faites pitié ! Je ne vous parlerai pas en termes recherchés , la vérité n'eut jamais besoin de ces détours abominables. Les farfadets n'introduisent pas de l'arsenic dans nos alimens, parce que leur puissance, qui est grande sans doute, ne va pas jusqu'à pouvoir dépeupler la terre des ennemis qui les contra- rient. Ils sont les anges de la mort; mais les morts ne leur appartiennent que lorsque Dieu a jugé qu'il était temps de mettre un terme aux épreuves que ses créatures doivent subir ici-bas. Ou en serions-nous, si cela arrivaitdifféremment? Les farfadets pourraient donc amener la fin dia
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iïionde? Ce grand événement n'arrivera qu'au moment où Dieu aura ordonné aux anges ex- terminateurs d'emboucher la trompette du ju- gement dernier. Si mes ennemis parviennent à donner la mort à quelqu'un , c'est que Dieu pense qu'il a assez souffert. — Je convi ens,M. Be.r- biguier , que vous êtes un grand logicien , vous nous apprenez tous les jours des vérités que personne n'avait connues avant que vous nous les eussiez révélées. — C'est vrai , Monsieur , je crois en avoir déjà donné la preuve ^ et avant peu je la compléterai. Vojez donc les présomp- tueux liabitans de la terre qui vous ressemblent! ils fléchissent le genou devant ma science profonde. Ne croyez pourtant pas que je m'en fasse gloire. Je ne jouis d'être savant , que parce que mes connaissances doivent peut-être éviter un second déluge qui vous engloutirait avec tous les farfadets, dont vous n'êtes pas peut-être le disciple , mais que vous servez merveilleusement par vos observations saugre- nues. — Vous avez raison , M. Berbiguier. Bon- soir. — Bonsoir. Et d'un autre incrédule poussé dans ses derniers retranchemens par mes rai- sonnemens sans réplique ; tout autre que moi ne pourrait contenir sa joie : un moment avant de la fa îre éclater il faut qu'elle soit paE^ faite.
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CHAPITRE XXXIIÏ.
Les femmes font aussi partie de la racefarfa" de'enne. Mon courage na pas encore désarmé mes ennemis.
Jusqu'à présent je n'ai désigné que les hommes comme faisant partie de la race farfadéenne. J'ai gardé le silence sur les femmes, parce que j'ai cru qu'il était inutile de les désigner posi- tivement , puisque le lecteur doit comprendre que le mot homme^ pris dans son acception gé- nérale, signifie la race humaine ^ attendu que le masculin est plus noble que le féminin.
Cependant les femmes ont toujours poussé leur méchanceté beaucoup plus loin que les hommes , ce qui m'a été démontré mathéma- tiquement par les divers travaux que les deux sexes m'ont fait supporter. Il est certain que j'ai toujours plus souffert sous l'influence des pla- nètes des femmes, que sous celles des hommes . donc il y a , en général , plus de malice chez elles que chez nousj et c'est parce que les deux extrêmes se touchent toujours, que lorsqu'une femme veut faire du bien , elle porte la vertu au suprême degré , par la tendance naturelle
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qui prédomine dans son cœur ; mais elle en agit de même quand elle veut faire du mal. Les femmes sontj en général, capables de se porter à toutes les extrémités; il n'est pas de démons, de furies, de mégères , ni même d'antéchrist , tous habitans des enfers , capables de les imiter.... Elles ont, la plupart, la bonne foi d'en convenir. Heureux, mille fois heureux les hommes qui sont assez adroits pour les connaître î En évitant les maux sans nombre auxquels leur caprice nous expose , ils goûtent un bonheur sans mélange ^ d'autant qu'il n^est point troublé par les soins serviles, les basses complaisances auxquelles nous expose la passion que nous ressentons malheureusement pour elles, et dont elles fi- nissent par nous faire repentir tôt ou tard.
J'attribue donc plus particulièrement aux femmes les grandes souffrances dont je suis encore la victime. Je ne dois pas en faire un mérite à ceux qui s'intéressent à moi. Je ne veux avoir aucune considération pour les farfadet tes. Je ne sais si ma véracité leur déplaît; mais je ne continuerai pas moins à les combattre. Le combat que je leur livrerai jusqu'à la destruc- tion de leur engeance , ne sera jamais paralysé par l'amour que les braves femmes ont toujours su m'inspirer. Je sais qu'en aimant celles-là je
i54 ne fais que rendre un hommage de plus à toutes les lois divines.
Ma patience est infinie lorsqu'il s'agit d'atté- nuer les crimes des farfadettes. J'ai poussé la civilité jusqu'à leur écrire. Je